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(en travaux) |
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Plan |
page simplifiée pour les secondes : Les mutations |
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Introduction : des mutations très instrumentalisées |
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Popularisé par les séries télévisées (des X-files ou X-men en passant par les Spiderman et autres comics....) l'idée de mutants - et surtout de mutants humains - a d'abord été un simple prolongement de science-fiction des interprétations de l'hérédité mendélienne et morganienne : une mouche avec une paire d'ailes supplémentaires, une bactérie capable de résister à un antibiotique... L'imaginaire s'est vite déchaîné et l'on en est venu à considérer que les élucubrations de la science-fiction n'étaient peut-être pas si éloignées que cela d'un futur proche. Ceci une idée scientifiquement erronée. |
Il y a de quoi s'alarmer devant la
naïveté de certains raisonnements
d'élèves, ou même de pédagogues
qui s'appuient sur les programmes de l'enseignement
secondaire. Ceux-ci, en effet, véhiculent des visions
simplistes sur le programme génétique
ou sur le programme de développement. On a
tenté, depuis les années 2000, de
modérer ce travers à l'aide des termes
"environnement" et
"épigénétique" , mais sans grand
succès, étant donné que l'on est
resté, dans la plupart des cas, à la
présentation d'un être vivant comme machine
moléculaire dont le comportement est
déterminé par un programme
(génétique) sous le contrôle de
l'environnement (épigénétique). Il
y a une profonde méconnaissance de la richesse de la
recherche en épigénétique
et de la remise en cause de la
théorie de l'information génétique -
dans sa version scolaire - qu'elle suppose
(voir quelques pistes sur la biologie
systémique ou encore la biologie autonome dans la
page de biologie
théorique et celle sur
la
science).
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http://epigenomique.free.fr/fr/index.php épigénèse/préformation... une riche histoire de ces mots (voir remarque en bas de page)
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D'une façon paradoxale, cette vision, même reconnue comme inexacte, est, à mon avis, volontairement colportée par ceux qui y trouvent un appui pour leur attitude philosophique de rejet de la notion de cause (voir les 4 causes) en s'efforçant d'y substituer un hasard (qui joue en fait le rôle de la fin). Ils s'appuient en effet sur le hasard (des erreurs non corrigées...) pour expliquer l'apparition des mutations mais invoquent le plus souvent un déterminisme (qui diffère de la causalité) pour le passage du génotype au phénotype (il y a des exceptions notamment la vision probabiliste de Kupiec, mais sa vision reste, je crois, un matérialisme qui rejette toute causalité autre que matérielle). Il est peu crédible de donner un sens à l'information génétique, tout en refusant d'en donner un à la variation. |
Une autre raison plus politique et
surtout économique des efforts de certains pour
favoriser cette vision étroite de la mutation repose
sur l'implication de ses promoteurs dans la technologie
génétique : recherche de gènes
impliqués dans telle ou telle maladie, manipulations
génétiques et surtout OGM... la théorie
de l'information génétique est défendue
par ceux qui ont réalisé des investissements
colossaux et se sont engagés dans une entreprise
parfois très immorale dans le but de contrôler
l'alimentation et la santé des hommes. |
Sans entrer dans l'aspect politique, je vais m'attacher à corriger, scientifiquement, cette manière stérilisante de présenter la mutation, particulièrement faussée, historiquement et expérimentalement. Je présenterai quelques ouvertures après un essai de panorama "historique". |
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1 - Une histoire en
3 étapes : mutations héréditaires,
géniques et chromosomiques
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Les étapes sont une sorte d'artifice de présentation (je n'ai pas de prétention historique - au sens d'un véritable travail d'histoire des sciences- sur cette question complexe). |
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ancienne page sur l'histoire de la génétique cours
de terminale de
spécialité |
Il semble que ce soit Hugo de Vries (1848-1935) (qui travaille sur nothera lamarckiana) qui utilise la première fois le terme de mutation dans un sens biologique en nommant ainsi le changement brusque de caractères observé dans une descendance. Il développe la théorie selon laquelle les mutations président à l'apparition de nouvelles espèces. De Vries utilisera le terme de pangène pour désigner les particules héréditaires qui seront finalement nommées gènes (le sens actuel est différent sauf si on ajoute le qualificatif "héréditaire") selon la proposition du biologiste danois Wilhem Johannsen (1857-1927). |
Je ne crois pas me tromper en affirmant
qu'historiquement le terme de mutation désigne
plutôt, à l'origine, un phénomène
qui atteint l'ensemble de l'être vivant
(qualifié alors de muté) et non pas une
particule ou une molécule. |
On notera qu'il est sous-entendu que ce nouveau caractère est lui-même héréditaire (héritable ou transmissible à la descendance donc stable). On voit donc combien on est là dans une théorie de la descendance. (voir page sur l'hérédité) |
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Les mutations observées par De Vries ne donnent pas n'importe quoi, mais au contraire des formes stables. Comme il ne les observe que chez quelques espèces, et à certaines périodes de la vie de l'espèce, il affirme la fixité de l'espèce (ce qui peut être considéré comme une conception typologique), les mutations faisant passer brusquement d'une espèce à une autre (c'est une théorie de la mutation, mais qui évacue l'évolution des espèces: elle est fixiste). Même si cette vision saltatoire de la mutation est aujourd'hui abandonnée, la théorie de De Vries a joué un grand rôle dans l'histoire du darwinisme. De nos jours ce type de mutation reste largement inexpliqué par la génétique moléculaire. |
« Il est très étonnant que les diverses mutations nothères offrent un grand degré de régularité; il n'y a pas de chaos de formes, ni de déviations mal définies à tous les degrés et dans toutes les directions; au contraire, il est évident, à première vue, que le phénomène tout entier est régi par des lois très simples. (H. De Vries, Espèces et variétés, 351)» |
Histoire de la notion de vie, André Pichot, 1993, Gallimard, pp 921s |
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Il est important de
noter combien la stabilité est associée
à la variabilité dans cette vision
héréditaire de la
mutation.
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théorie chromosomique de l'hérédité |
Sans que l'on puisse déterminer de façon nette, et surtout datée, un changement de sens, la mutation se comprendra ensuite, dans la théorie chromosomique de l'hérédité (weismannienne), comme un changement au niveau du gène (au sens de gène héréditaire bien sûr). |
Les mutations sont la cause de la variation allélique: les nouveaux allèles (forme des gènes) apparaissent par mutation; ils sont ensuite transmis fidèlement par la reproduction sans altération. Tous les allèles, sauf les allèles sauvages, sont donc le résultat de mutations dans une telle théorie héréditaire (on voit que pousser ce raisonnement à l'extrême est peu convaincant). Pour les eucaryotes les gènes sont souvent notés avec une seule lettre (minuscule pour les allèles récessifs et majuscule pour les allèles dominants, le sauvage étant souvent agrémenté d'un + en exposant: par exemple, W+ indique la couleur rouge des yeux de la drosophile, w pour white, la couleur du mutant le plus fréquent). Pour les procaryotes les groupes de gènes intervenant pour un même produit sont nommés par trois lettres (par exemple lac), suivies par une lettre majuscule indiquant le gène (lac Z); l'allèle sauvage est lui aussi affecté d'un exposant + (lac Z+) et les allèles mutés par - ou d'autres sigles en exposant. |
La théorie chromosomique de
l'hérédité (Weismann puis De Vries et
Morgan...) repose donc sur un système stable
de transmission héréditaire (les
gènes, portés par les chromosomes) et un
système de variation allélique (les
mutations). Si le support matériel particulaire est
affirmé (le chromosome comme
groupe de liaison, voir cours
de TS), le
support moléculaire éventuel reste alors
inconnu.
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source principale: Analyse génétique moderne, Griffiths et al., 2001, DeBoeck Université, ch 7 et 8 |
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voir la partie historique du cours de 1èreS vocabulaire pour les gènes héréditaires et moléculaires : annexe au cours de 1èreS |
Vers les années 1940, dans le cadre de la théorie de l'information génétique, les biologistes moléculaires vont tenter de fusionner le gène héréditaire et le gène moléculaire. Cette fois encore on superpose la
stabilité de l'expression et de la
transmission de l'information génétique
à la variation (mécanisme
supposé aléatoire, vis-à-vis de ce qui
est supposé stable: l'information,
représentée par la séquence du
gène moléculaire, ce
qui est très différent du caractère
considéré dans la théorie
chromosomique).
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Ces mutations géniques ont un sens construit a posteriori qui repose strictement sur la notion de gène moléculaire, avec, comme fondement matériel, la fragilité de l'ADN ou la variabilité des mécanismes cellulaires de synthèse ou de transcription de ce même ADN. Elles n'ont souvent de sens expérimental que pour les bactéries !!!! La généralisation à tout organisme vivant est problématique. La "première" (?) mutation historique présentée par De Vries chez nothera, sera associée à une recombinaison génétique par translocation. |
Les mutations des survivants à
l'application d'un agent mutagène: |
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La mutation génique est un changement de l'information génétique (au sens le plus restreint de la seule séquence de l'ADN), déterminant un changement plus ou moins important, voire non apparent, chez l'être vivant. |
Même si je pense qu'il est
dépassé (je reporte la discussion au
chapitre
suivant), ce type d'explication
n'est pas à rejeter totalement, surtout du fait de la
cohérence du pouvoir explicatif du modèle
proposé.
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Les paragraphes ci-dessous présentent différentes approches qui se superposent plus ou moins. |
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a - les mutations
selon leur origine lointaine |
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Il est d'usage de considérer deux types de mutations : |
* Les mutations spontanées
(sans que l'on ai soumis l'organisme
à un agent mutagène)
sont considérées comme dues à |
* Les mutations induites
(avec soumission à un agent
mutagène) : pouvant
être dues |
Il va sans dire que ces deux types de mutations peuvent être naturelles étant donné que l'on considère qu'il existe dans la nature de nombreux agents mutagènes, à commencer par le rayonnement u.v.. Cette distinction repose donc plutôt sur l'observation de la fréquence des mutations. Une fréquence élevée laissant supposer la présence d'un mutagène. Cependant, certaines souches présentent naturellement une forte instabilité. |
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b - les mutations
selon leurs conséquences sur la synthèse des
produits génétiques
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Les substitutions dans les gènes de structure du protéome |
Les mutations
silencieuses, quelle
qu'en soit la cause, provoquent un changement de la
séquence de l'ARNm qui ne se traduit, du fait de la
redondance du code
génétique par aucun
changement dans l'expression du gène
moléculaire (même acide aminé ou autre
codon stop).
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Les conséquences
phénotypiques de telles mutations ne sont pas
forcément simples. |
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Les autres mutations |
Les additions ou les délétions (ponctuelles ou non) de bases peuvent avoir des conséquences nettement plus importantes que les simples substitutions notamment dans le cas d'un décalage du cadre de lecture, tous les codons étant susceptibles d'être changés en aval d'une addition ou d'une délétion. |
Les conséquences des mutations dans les séquences régulatrices et autres séquences non codantes sont difficile à évaluer, même du point de vue théorique. Par exemple les mutations au niveau des sites d'épissage (splice-site : dans ce type de mutation des nucléotides sont insérés ou délétés juste au niveau des sites d'épissage, ce qui empêche le bon déroulement de cette phase de maturation des ARNm). |
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c - les réarrangements de l'ADN des procaryotes |
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Ces réarrangements sont parfois classés avec les "mutations chromosomiques", à tort, puisque le terme de chromosome est tout à fait inadapté pour les procaryotes. |
Du fait des moyens investis et du
foisonnement des modèles concernant l'organisation
dynamique du matériel génétique des
Procaryotes, je ne prétends pas ici être
à jour des derniers développements. Il faut d'abord souligner que l'ADN d'un Procaryote se présente souvent sous la forme de plusieurs (4 à 6 habituellement chez E. coli) boucles d'ADN sans compter les plasmides. Il y a donc une redondance de ce que l'on appelle l'information génétique. Mais savoir quelle information est utilisée n'est pas non plus évident : la présence de l'ADN ne suffit pas à prouver que cette information est exprimée. |
Finalement, quelle importance peut avoir l'ordre des gènes sur le nucléofilament ? Cette importance dépend surtout de la présence et de la position des séquences régulatrices ce qui fait que le gène ne serait pas la bonne unité de fonction. On revient à l'ancienne notion d'opéron qui a eu son succès, même si les choses se sont compliquées depuis. Les séquences régulatrices sont-elles spécifiques, mobiles,.. ? Les gènes peuvent-ils être fractionnés tout en étant actifs ? Pire encore, un gène disparu peut réapparaître dans le génome des descendants. À partir des ARN ? |
Comment distinguer une origine dans le filament d'ADN bactérien ? Il y a cependant des points de cassure
préférentiels. Quels sont leur lien avec les
gènes ? Quels sont les points d'attachement des nucléofilaments à la membrane/paroi ? Les échanges de matériel génétique sont très fréquents entre bactéries d'une même espèce mais aussi entre espèces différentes. Les virus participent aussi à ces échanges. Une homogénéisation génétique des populations est ainsi plus ou moins obtenue. |
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d -les réarrangements à l'échelle du chromosome (donc chez les eucaryotes) |
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Ces réarrangements sont la plupart du temps qualifiés de "mutations chromosomiques", ce qui se discute. |
D'abord interprétés dans le cadre d'une hérédité chromosomique morganienne (voir cours de spécialité) - un chromosome linéaire orienté (du fait de la position du centromère) avec des allèles disposés les uns à la suite des autres dans un ordre fixe dans l'espèce- , les mécanismes proposés permettent de rendre compte de la transmission héréditaire des allèles étudiés chez la drosophile et d'autres organismes modèles (Saccharomyces, nothera, Cænorhabditis...) , dans des cas particuliers. Dans l'étape suivante, celle de la théorie de l'information génétique, le chromosome sera ensuite assimilé à une unique molécule d'ADN. Des techniques développées avec les outils du génie génétique (voir cours de spécialité) permettront alors d'intégrer la génétique des procaryotes, avec plus ou moins de réussite. |
À l'inverse des mutations géniques considérées ci-dessus, le chromosome est bien pris ici comme support des gènes héréditaires (et non pas de l'information génétique). La mutation ne change pas l'information, mais provoque matériellement un changement dans la structure du chromosome supposée stable, allongée et orientée (de par la position d'un centromère décalé - l'orientation par les bandes colorées (banding) est aussi possible). Ce changement structurel a pour principales conséquences des changements statistiques dans la transmission des allèles (voir ci-dessus), sans que l'on s'intéresse au niveau moléculaire, du mois dans un premier temps. |
On considère que les cassures suivies d'une réunion sont extrêmement fréquentes, elles sont d'ailleurs à la base de la théorie du crossing-over, ou recombinaison site-spécifique. On pense que ces cassures sont pour la plupart indécelables. C'est dans le cas où la réunion se fait de façon différente d'avant la cassure que l'on peut; parfois, déceler des modifications. On fait, il serait préférable de dire que, la fragilité et la capacité des chromatides à se réunir à nouveau après cassure permet d'envisager des mécanismes explicatifs dont la plupart sont loin d'être autre chose que des hypothèses plus ou moins séduisantes. Même si l'on s'est efforcé de réunir les deux niveaux d'étude il n'est rien moins que très incertain que les sites de cassure / réunion des chromosomes proposés comme explication aient quelque chose à voir avec les sites de recombinaison observés dans l'ADN bactérien. |
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En travaux |
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On qualifie habituellement, à tort, les anomalies du caryotype (nombre, taille, forme ou structure des chromosomes) de mutations chromosomiques
cours de seconde : les chromosomes |
Si les outils de la biologie moléculaire peuvent être employés pour s'efforcer de comprendre ces phénomènes, il est cependant important de souligner que l'on se place ici à une autre échelle que celle de la molécule. Ici ce sont des corps colorables micrométriques: les chromosomes, que l'on peut observer au microscope (mais souvent très difficilement...voir par exemple Acetabularia qui est loin d'être un cas isolé), marquer avec des sondes fluorescentes, voir, même, manipuler. La théorie mise en jeu dans ces phénomènes va avoir beaucoup de peine à intégrer l'information génétique issue de la biologie moléculaire du gène. Si l'on trouve parfois le terme de cytogénétique, il faut alors bien remarquer que ce terme ne désigne pas une génétique centrée sur l'ADN, et encore moins sur l'ADN procaryotique, mais une cytologie du matériel génétique eucaryote. |
Les anomalies caryotypiques ne
correspondent pas à des changements brusques de
caractères dans une descendance car tout
d'abord, elles ne sont pas
héréditaires, du fait de la
stérilité qui les accompagne
souvent lorsqu'elles touchent les cellules sexuelles.
Une difficulté supplémentaire, d'ordre méthodologique , vient des techniques de marquage chromosomique - ces techniques utilisent uniquement l'ADN comme cible des marqueurs- . Elles fusionnent donc implicitement les représentations cytologiques et moléculaires, souvent de façon indue. Le marquage d'un gène moléculaire, parfois possible directement sur un chromosome traité, fait incontestablement penser au chromosome comme à une pelote de gènes, ce qui laisse de côté les aspects dynamiques proprement structuraux. |
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Le nombre de chromosomes est normalement fixe dans une espèce. |
La plupart des organismes
possèdent , au moins lors d'une
génération de leur cycle de
développement, plus d'un jeu de chromosomes : on les
qualifie d'euploïdes
(2n=diploïdes,
3n=triploïdes,4n=tétraploïdes,
5n=pentaploïdes, 6n=hexaploïdes,
etc.). Des individus monoploïdes
apparaissent aussi chez certaines espèces
(gamétophyte de très nombreuses plantes,
reproducteurs mâles chez les abeilles par exemple...).
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Un exemple typique de polyploïde naturel est représenté par le blé; l'espèce, utilisée majoritairement pour la panification est Triticum æstivum, un hexaploïde naturel issu de la fécondation entre une espèce tétraploïde (Triticum dicoccum) et une espèce diploïde (Aegilops squarrosa ou Æ. ovata ou Triticum tauschii). on parle d'allopolyploïdie (voir ancienne page sur le blé, dont on a pu retracer l'histoire génétique probable depuis sa domestication). Mais l'on peut manipuler le nombre de chromosomes d'un individu (que l'on reproduit ensuite) dans un but commercial. Par exemple, de nombreux individus triploïdes (toujours stériles) ont été obtenus à partir du croisement d'une espèce tétraploïde avec une espèce diploïde. |
Chez certaines espèces on peut augmenter le degré de polyploïdie par fécondation entre individus de polyploïdie différents (que l'on trouve naturellement dans les cultures) mais de la même espèce (autopolyploïdie), comme chez le tabac. On a noté qu'habituellement la plante (et ses cellules) était alors d'autant plus grande que son degré de ploïdie était élevé. On a aussi fabriqué des polyploïdes artificiels en augmentant la ploïdie de gamètes par l'utilisation de la colchicine (voir les expériences de Taylor pour l'utilisation de cette toxine). |
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De la même manière il est
possible de réaliser des monoploïdes
artificiels par culture de grains de pollen
(androgénèse)
qui, pour certaines espèces, peuvent conduire
à des plants complets monoploïdes (soja,
tabac...). On peut ainsi sélectionner certains plants
directement à partir de la culture in vitro de cals
appelés embryoïdes (par exemple pour la
résistance à telle ou telle substance). On
peut ensuite passer du monoploïde au diploïde par
utilisation de la colchicine (ou un
autre bloquant partiel de la séparation anaphasique
des chromatides) lors des
premières divisions.
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Ces techniques, très aléatoires, ont cependant donné des résultats probants pour la sélection de plants destinés à l'agriculture "contrôlée". Il va sans dire que la stabilité problématique de leurs caractères et la nécessité de réaliser à nouveau les manipulations pour chaque génération, du fait de la stérilité des hybrides, font que ces manipulations sont d'une tout autre nature que celles réalisées par les sélectionneurs qui travaillaient uniquement à partir des semences constituées de plantes matures. |
Les cas de polyploïdie ne sont pas du tout réservés au royaume des plantes. On trouve de nombreux animaux polyploïdes. Tout le monde connaît la parthénogenèse du puceron ou des abeilles, mais il est plus rare que l'on sache que de nombreux invertébrés, poissons, amphibiens et surtout reptiles peuvent présenter habituellement des polyploïdies, plus ou moins stables. |
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Les aneuploïdies, anomalies dans le nombre de chromosomes, touchent une ou quelques paires de chromosomes seulement. Les plus connues sont, chez l'homme, les trisomies dont seules les 21, 13 et 18 sont viables, au moins jusqu'à la naissance (130 jours de vie moyenne pour les enfants atteints de trisomie 13 ou syndrome de Patau). La trisomie 21 ou syndrome de Down fut la première maladie à être associée à un caryotype anormal par l'équipe du professeur Lejeune. On est loin de bien comprendre la cause des symptômes des maladies associées à ces trisomies qui sont toutes associées à un retard mental. |
La théorie la plus courante concernant la cause des anomalies phénotypiques associées aux anomalies chromosomiques reprend la théorie de l'information génétique en supposant qu'il existe un déséquilibre dans le dosage des produits associés aux gènes présents sur les chromosomes excédentaires. Cette thèse est assez mal confirmée par les récents dosages réalisés massivement (à l'aide de puces) sur des cellules trisomiques qui ne montrent que de faible taux de surexpression (voir de baisse du niveau d'expression) des gènes présents en 3 exemplaires dans la cellule trisomique. Il me semble bien plus prometteur de
s'intéresser à des explications faisant
intervenir le niveau supérieur d'organisation dans la
cellule. Les anomalies chromosomiques se retrouvent
fréquemment associées à des cellules
cancéreuses et peuvent même être
transmises entre organismes adultes comme une maladie
infectieuse (voir page
sur les chromosomes - partie
6).
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On peut aussi remarquer que les anomalies concernant les chromosomes sexuels observées chez une vingtaine d'espèces de mammifères dont l'homme (XO, XXX pour des femelles, souvent stériles, et XXY et XYY pour des mâles, toujours stériles) sont loin d'être généralisables. De plus, il existe de très nombreuses espèces, y compris de vertébrés, chez lesquels la présence de chromosomes sexuels n'a pas être mise en évidence (reptiles (tous les crocodiliens, nombreuses tortues, quelques lézards), amphibiens (plus de 99%), poissons (la plupart)). |
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voir aussi page sur l'identité |
Ainsi, les euploïdies naturelles stables ne peuvent guère être considérées comme des mutations, car elles ne modifient pas vraiment les caractères d'un individu (ou le font de façon harmonieuse). D'autre part, les aneuploïdies ne sont pas transmissibles héréditairement et ne correspondent pas à un changement stable. |
Au niveau cellulaire, une cellule cancéreuse, présentant une aneuploïdie, est certes anormale, et peut transmettre dans certains cas cette anomalie aux cellules issues de sa division, mais il ne s'agit pas d'hérédité au niveau de l'organisme. Le terme de mutation cellulaire ne peut être employé que de façon plus ou moins analogique. |
Il n'y a donc pas vraiment de raison sérieuse pour utiliser le terme de mutation pour les variations du nombre de chromosomes. |
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Les variations caryotypiques fines |
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délétions |
Les délétions (du latin deletere=détruire), ou pertes ne sont pas toutes de même ampleur. Les macrodélétions peuvent aller jusqu'à toucher l'ensemble d'un bras d'un chromosome. Les fragments contenant le centromère sont aussi parfois perdus ce qui empêche l'accrochage des fibres kinétochoriales et le déplacement du chromosome à l'anaphase. Les cellules résultant de la division n'auront pas alors le même caryotype. Les macrodélétions sont parfois mises en évidence par des boucles (boucles de délétion) que font les chromosomes appariés lors de la 1re prophase de la méïose. La zone non appariée formant une boucle que l'on peut observer au microscope. C'est aussi le cas dans les chromosomes polyténiques où de telles boucles, très fréquentes, sont interprétées comme des boucles de délétion. |
On peut mettre en évidence des modifications plus ou moins fines dans l'organisation des chromosomes à l'aide des techniques de coloration des chromosomes en bandes claires et sombres (banding, voir fiche chromosomes). Le syndrome le plus connu est celui du "cri-du-chat", nommé ainsi du fait des sons émis par le nouveau-né atteint de cette maladie (les symptômes sont nombreux et sont associés à un retard mental prononcé). Il est associé à la délétion de l'extrémité du bras court du chromosome 5 (bandes 5p15.2 et 5p15.3). Cette délétion est donc de très grande ampleur (macrodélétion) et est quasiment un exemple viable unique. Par contre il existe des microdélétions, beaucoup plus difficiles à mettre en évidence, mais aussi beaucoup plus fréquentes. Elles ne sont pas toujours associées à des différences phénotypiques. |
On a observé que des microdélétions identifiées et localisées n'ont pas les mêmes conséquences phénotypiques dans toutes les cellules, notamment les cellules sexuelles. Seules les cellules polliniques semblent très sensibles aux délétions (comme aux aneuploïdies). Par contre, les spermatozoïdes, tout comme les ovules des plantes, les ovocytes animaux et les cellules somatiques, pourraient par contre comporter des délétions sans qu'apparaissent des modifications phénotypiques. |
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duplications |
Il n'est pas rare que l'on trouve une copie supplémentaire d'une région chromosomique dans le génome des organismes. Chez les diploïdes la région concernée est effectivement en double exemplaire (on parle de duplication en tandem lorsque les deux zones sont voisines, et de duplication par insertion dans le cas contraire). Chez les diploïdes, en supposant que la duplication intervient après la phase de synthèse de l'ADN et avant la phase de condensation -donc en phase G2 - on peut considérer que la zone dupliquée se trouve en 3 exemplaires dans le génome. |
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d'après Analyse génétique moderne, De Boeck, 2001 |
... en effet, toutes ces interprétations théoriques s'inscrivent dans une théorie de l'information génétique linéaire, associée à une molécule d'ADN unique de très grande taille dans chaque chromosome. La fusion, pour ne pas dire la confusion, entre les mécanismes moléculaires proposés pour les Procaryotes et la très hypothétique structure linéaire du chromosome des eucaryotes, rend le travail de l'historien des sciences ou du philosophe extrêmement compliqué, voire impossible. |
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Les variations caryotypiques comme mécanisme évolutif |
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Origine de l'homme, Jean Chaline, Encyclopedia Universalis v12, 2007 |
Jean Chaline et ses coauteurs (J. Chaline, B. Dutrillaux, J. Couturier et al., Un modèle chromosomique et paléobiogéographique d'évolution des primates supérieurs, Géobios, Lyon, 1991) se sont efforcés de reconstituer les caryotypes probables des Primates de la lignée des hominidés en comparent les caryotypes d'organismes actuels et en faisant des hypothèses concernant les modifications possibles (duplications, insertions, délétions, fusions...). Ils ont ainsi proposé une reconstitution phylogénétique de cette lignée à partir de ce qu'on peut appeler les distances chromosomiques (voir évolution de l'homme). |
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2.1 un article fondateur peu convaincant:
Luria et Delbrück, 1943
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Analyse de Nissim Amzallag Voici un extrait de l'homme végétal qui souligne les enjeux de l'extraordinaire retentissement de cet article qui influe encore aujourd'hui la conception de la variabilité du vivant pour de nombreux biologistes. J'ai ajouté quelques intertitres personnels. |
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L 'homme végétal, Nissim Amzallag, Albin Michel, 2003, pp 58-62 -Ch 2 : Les fabuleux pouvoirs de l'horloger aveugle
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Contexte
historique (... suite ---->) |
«La grande innovation de Luria et
Delbruck fut la mise au point d'une expérience
permettant de vérifier si de rares "innovations
avantageuses" étaient susceptibles
d'apparaître au hasard des
mutations. L'enjeu était de
taille, et le résultat fut à la hauteur de
leurs prétentions: l'expérience en question
devint la démonstration historique de l'origine
fortuite des mutations avantageuses. |
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Cours de 1ère S: A 1 - De la genèse à l'abandon d'une vision chimique de la vie |
Je me suis déjà efforcé autre part de documenter l'histoire de la vision chimique de la vie qui en est venue, jusqu'à la fin du XXème siècle, à orienter tout l'effort de recherche en science de la vie dans une direction qualifiée de moléculariste, allant de pair avec un réductionnisme physico-chimique. |
Des changements importants sont apparus depuis et la vision la plus courante actuellement fait cohabiter un déterminisme avec un indéterminisme (voir la science), mettant en avant un principe d'émergence que l'on appelle hasard mais qui n'est plus la hasard salvateur incriminé par Nissim Amzallag (les 4 causes et page de biologie théorique). |
Par contre, dans le domaine de l'évolution, et notamment de la phylogénétique moléculaire, la théorie est restée la même et le mutationnisme mécaniciste semble être la règle de compréhension de la variabilité. Il n'est donc pas inutile de revenir sur cet indéterminisme que Nissim Amzallag qualifie d'autonomie. |
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L 'homme végétal, Nissim Amzallag, Albin Michel, 2003 |
- l'exposition d'une population à
des substances toxiques conduit
l'ensemble
de la population (et non quelques
individus préadaptés) à une
tolérance
progressive (et variable selon les
individus).
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Viktor Jollos, 1930 - population de paramécies, tolérance à l'arsenic, à l'acétate de plomb notamment |
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- des cellules de plantes clonées
présentent une grande variabilité dans leur
sensibilité aux hormones végétales; ce
phénomène, appelé
habituation,
n'a rien à voir avec une sélection.
Pour assurer la croissance d'un cal,
les cellules de plantes isolées ne se divisent pas,
en effet, spontanément, il est nécessaire de
les stimuler par des hormones (auxines, cytokines...). Leur
réponse à ces hormones, qu'elles
sécrètent elles-mêmes, est complexe. Les
résultats obtenus avec les outils de la biologie
moléculaire, utilisés pour comprendre cette
complexité, n'ont fait que l'augmenter (action sur
les gènes des hormones, action
épigénétique (notamment par les ARN),
action directe sur les protéines actives dans la
division...). On a ainsi perdu de vue l'autonomie de chaque
cellule, qui est une donnée, qui s'est noyée
dans un fouillis de réseaux d'interactions plus ou
moins déterministes.
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F. Meins Jr, 1989, Habituation : heritable variation in the requirement of cultured plant cells for hormones, Annual Review of Genetics, 23, pp 395-408 (article de synthèse) |
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- dans les années 1980-1990, pour
cadrer avec l'hypothèse d'une information
génétique déterministe on a
considéré que les phénomènes
d'adaptation
réversibles (qui pouvaient
disparaître - si l'organisme était
ramené dans les conditions initiales ou, même
de façon spontanée, sans changement des
conditions de milieu) - seraient considérés
comme
épigénétiques
, parce que réversibles. Étant sous-entendu
que les phénomènes
génétiques, comme les mutations
mis en évidence par sélection, étaient
irréversibles. |
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des travaux allant dans une direction opposée à celle de Luria |
travaux de Hinshelwood - Colony Formation by Bact. lactis aerogenes on Solid Media Containing Antibacterial Agents, A. C. R. Dean and Cyril Hinshelwood, Proceedings of the Royal Society of London. Series B, Biological Sciences, Vol. 140, No. 900 (Nov. 20, 1952), pp. 339-352 (abstract)
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- The Development of Drug Resistance in Strains of Saccharomyces cerevisiae: Resistance to 2.4-Dinitrophenol and to Brilliant Green, G. Wild and Cyril Hinshelwood, Proceedings of the Royal Society of London. Series B, Biological Sciences, Vol. 144, No. 916 (Nov. 29, 1955), pp. 287-297 (abstract):«En considérant la différence de comportement entre les souches habituées et les non-habituées, nous suggérons que le développement progressif de l'habituation des cellules de levure à ces conditions, corresponde davantage à une réponse adaptative à l'inhibiteur qu'à la sélection de mutants pré-existants. (On the basis of the time relations for the trained and the untrained strains it is suggested that the gradual development of training of the yeast cells under these conditions is more likely to be an adaptive response to the inhibitor than the selection of pre-formed mutants).» |
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L 'homme végétal, Nissim Amzallag, Albin Michel, 2003, p 71-75 |
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Hall et Hartl, dans les années 1975, utilisèrent des bactéries "mutées" dans lesquelles un segment entier du génome avait été éliminé par sélection (cette portion fonctionnelle, contenant plusieurs gènes, était ce que l'on connaissait sous le nom d'opéron lactose). La souche "mutée" était donc incapable de se nourrir de lactose. Quelques jours après la mise culture de cette souche sur un milieu dont le lactose devenait progressivement la seule source de nutriment, ils virent apparaître des individus ayant récupéré la totalité de la fonction (d'utilisation du lactose). Ils notèrent que cette nouvelle fonction était due à l'activité d'une nouvelle enzyme capable d'utiliser le lactose, et adaptée à la concentration en lactose du milieu. En fait, cette enzyme était déjà présente dans la souche initiale, mais présentait alors une faible activité. Il s'agit clairement d'un cas de redondance métabolique, qui invalide la méthode de sélection des mutants. Mais il ne faut pas croire que ces résultats firent perdre pied aux tenants du mutationnisme salvateur. On inventa un mécanisme d'erreurs d'autant plus nombreuses dans les gènes que ceux-ci étaient exprimés, doublé d'un processus de duplication qui permettait d'envisager une compétition entre gènes pour retomber sur le hasard sélectif.... ces explications ont toujours cours, malgré la simplicité de l'hypothèse de la redondance. |
travaux de B.G. Hall des années 1975-1985 (travaux de cet auteur dans Pubmed dont un bon nombre sont en libre accès |
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Une phénocopie est un phénotype considéré d'abord comme modification environnementale (non héréditaire) mais qui mime un phénotype obtenu par mutation d'origine génétique. |
Le terme de
phénocopie est souvent mal
employé et mal compris. Étymologiquement le
mot est composé des racines phéno =
visible (du grec phainô= paraître) et
copie (du latin co-opia = abondance).
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Le summum de l'inadéquation de l'emploi du mot est celui que l'on trouve dans le dictionnaire de l'Encyclopedia Universalis : « en biologie, individu sur lequel on a provoqué des mutations génétiques». |
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Un des premiers à intégrer le terme dans sa biologie théorique fût probablement Waddington (j'ai présenté par ailleurs des éléments que René Thom lui a emprunté, voir aussi le cours de seconde sur l'effort). Voilà une description de ses intéressantes thèses par Saunders. |
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L'évolution des formes biologiques, Peter.T. Saunders, Intellectica, 1993/1, 16, pp. 61-83 (http://www. intellectica. org/archives/ n16/16_06_ Saunders.pdf) |
« Ainsi, puisque le processus de
développement est non-linéaire, il est
à la fois stable et capable de changements
organisés importants. Le biologiste Conrad Waddington
a illustré cette idée par son fameux "paysage
épigénétique" (figure 1) : le
développement d'un organisme y est
représenté par une bille qui descend une
vallée représentant un chemin
ontogénique (Waddington 1957 ; Saunders 1992). Les
gènes contrôlent la forme du paysage, et une
mutation peut être vue comme une modification de ce
paysage. La mutation n'aura un effet perceptible que si la
modification est suffisante pour détourner la bille
vers une autre vallée. Puisque ce qui compte est le
choix de la vallée, autrement dit du chemin,
différentes mutations peuvent avoir le même
effet sur le développement bien que les changements
de paysages seraient probablement un peu différents
pour chacune. Une perturbation extérieure sur le
système aura un effet similaire à celui d'une
mutation : peu ou pas d'influence si la bille reste dans la
même vallée, mais la possibilité d'un
développement entièrement différent si
elle passe au-dessus d'une "ligne de partage des eaux". Nous
savons aujourd'hui que ces propriétés sont
caractéristiques des systèmes
non-linéaires, mais Waddington a abouti à
cette vision des choses empiriquement, à partir de ce
qu'il savait des propriétés des
systèmes en cours de développement.
Un exemple particulièrement
clair du type de comportement qu'il avait à l'esprit
est le phénomène bien connu de la
phénocopie. Perturber le
développement d'un embryon
génétiquement normal peut avoir le même
résultat qu'une mutation. Ainsi, un embryon de
drosophile normal traité avec de la vapeur
d'éther peut produire une mouche adulte avec une
paire d'ailes supplémentaire, exactement comme le
mutant bithorax. Cet exemple n'est pas isolé.
Dans les années quarante, Richard Goldschmidt
réussit à obtenir une phénocopie de
tous les mutants connus de la Drosophile. Les
phénocopies de papillons mutants sont suffisamment
courantes pour que les lépidoptéristes se
sentent obligés de les exclure explicitement de leurs
collections. La phénocopie montre clairement
l'importance réduite accordée aux gènes
dans la conception de l'évolution qui émerge
actuellement. La source de variations n'est plus la
mutation, mais l'ensemble des potentialités de
l'organisme, les mutations ou les perturbations de
l'environnement ne jouant que le rôle d'un stimulus.
Cette idée a quelques conséquences
importantes. Si le facteur crucial réside dans une
mutation particulière, il est peu probable que la
même variation apparaisse chez plusieurs individus en
même temps. Et si tel est le cas, alors à moins
qu'elle ne procure un avantage sélectif vraiment
important elle disparaîtra probablement par
"dérive génétique", autrement dit selon
le hasard. Si, au contraire, la variation correspond
à un changement vers un chemin déjà
existant dans le paysage épigénétique,
lequel est commun à tous les individus, il est bien
plus probable qu'elle ait lieu dans suffisamment d'individus
pour subsister.»
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Notes: |
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Remarque: |
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Piaget revendique une acception du terme personnelle dans son effort de redonner au vivant un certaine autonomie (détails dans le chapitre III (Les phénocopies, p7) d'un article de Susan OYAMA : Penser l'évolution : l'intégration du contexte dans l'étude de la phylogenèse, de l'ontogenèse et de la cognition, Intellectica, 1993/1, 16, pp. 133-150). L'auteur critique cette utilisation et donne une définition exacte du terme (p 10): « La signification réelle de la phénocopie réside dans le fait que le même phénotype peut provenir d'une modification soit génétique,soit environnementale». |
Antoine Danchin (voir son site à l'Institut Pasteur), connu pour sa participation au débat de biologie théorique (ses échanges avec René Thom dans le CD-ROM des uvres complètes de René Thom sont toujours courtois, même si je suis loin d'être d'accord avec sa vision de la biologie) a écrit, il y a déjà de nombreuses années une Note critique sur l'emploi du terme phénocopie, In: "Théories du langage, théories de l'apprentissage" (CRSH), Le Débat Chomsky-Piaget, Le Seuil (1979) pp 109-114 (traduit en anglais en 1981). |
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Au niveau phénotypique et non plus génotypique (théorique donc) qu'est-ce qui permet d'affirmer que l'on a affaire à une mutation ? |
La démarche est une démarche analytique : dans une population homogène, on isole un ou des individus qui présentent un trait de caractère rare (qu'il corresponde à une perte ou à un gain de fonction). Ces individus sont isolés, et sont considérés comme mutants s'ils conservent ce caractère sur plusieurs générations. Dans certains cas simples, notamment chez les procaryotes on associe le phénotype muté à un génotype muté grâce à un séquençage très partiel du génome (au niveau de gènes que l'on suppose impliqués). |
On voit que dans cette méthode l'interprétation génétique reste en toile de fond (c'est une hypothèse explicative énoncée dès le départ), et ne peut donc pas être prouvée par l'expérience, qui consiste en une simple sélection. On peut en effet imaginer que les "mutants" sont des organismes capables de s'adapter et que les variations génotypiques sont présentes chez de nombreux autres individus non testés, car ne présentant pas le changement de caractère, ou un changement moindre. |
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la sélection remplace la compréhension |
Nissim Amzallag pointe de façon très claire l'erreur que l'on fait dans le raisonnement lorsque l'on cherche à prouver la présence de mutation dans le cadre du paradigme moléculaire. La raison
malmenée |
« La
sélection a posteriori d'individus
modifiés n'est pas seulement la méthode
exclusive en biotechnologie, mais également la voie
d'investigation privilégiée du vivant. C'est
par l'analyse de mutants, individus reconnus comme
déficients pour une fonction, que les biologistes se
proposent de comprendre le fonctionnement d'un organisme
normal. Il est possible, au moyen d'irradiations ou d'autres
techniques, d'altérer la structure ou l'expression de
petites régions du génome. L'analyse des
modifications observées en parallèle sur
l'organisme et sur les gènes affectés permet
d'établir un lien de causalité entre
gènes et fonctions, génotype et
phénotype. Le cas idéal est bien entendu
celui où il est possible d'établir un lien
direct entre une déficience fonctionnelle et
l'altération d'un seul gène, comme c'est le
cas dans de nombreuses maladies dites
génétiques. C'est la première mise en
évidence d'une telle relation qui valut, en 1958, le
prix Nobel à Georges
Beadle et Edward Tatum.
Depuis lors, cette approche est devenue la méthode
privilégiée d'investigation, celle qui ouvrit
la voie à la biologie moléculaire et à
la correspondance étroite entre science et
technologie dans le domaine du vivant. |
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Une approche du syllogisme, formalisation du raisonnement par Aristote |
Tout être vivant est mortel
(P1) P1(majeure) affirmative universelle (mode A) P2 (mineure) affirmative particulière (mode I) C conclusion affirmative particulière (I) Ce syllogisme s'appelle AII ou Darii, selon la terminologie aristotélicienne. |
Le syllogisme est basé sur
deux propositions (prémisses, P1 et P2) dont
on déduit une conclusion (C). L'idée
géniale et novatrice d'Aristote est de s'appuyer sur
le structuration du raisonnement et non pas sur le contenu
(c'est d'ailleurs pourquoi de nos jours la science du
syllogisme est incluse dans la logique formelle). Le
côté séduisant du syllogisme vient de ce
que le rapport entre la conclusion et chacune des
prémisses est caché dans le terme
moyen, commun aux deux prémisses, la
première étant qualifiée de
majeure et la seconde de mineure. Les
variantes du syllogisme viennent du type (quantité)
de proposition (universelle ou particulière), de leur
qualité (affirmative ou négative) ou encore de
la position du moyen terme dans les prémisses. |
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Efforçons nous de restituer les
propositions cachées du raisonnement. Quelques
propositions sur le mode IAI (en inversant la
prémisse universelle et la prémisse
particulière):
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Il est clair qu'à chaque fois
c'est la prémisse universelle qui est fausse dans sa
généralité : |
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Il ne faut pas confondre les syllogismes non concluants (qui ne permettent pas d'énoncer de proposition) et les faux syllogismes ou encore sophismes (volontairement trompeurs). |
un sophisme bien connu d'Anaxagore, qui
caricature le syllogisme : |
En n'énonçant pas les prémisses universelles de leurs raisonnements, les biologistes qui se meuvent au sein d'un paradigme font uvre de sophistes. |
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Il est donc à craindre que l'on ai indûment construit un échafaudage imaginaire en biologie moléculaire sur la stabilité de l'information génétique et sur sa variation assimilée aux mutations. |
Construire de nouveaux modèles à partir d'un autre regard sur la variation est indispensable, mais demande un travail, qui en plus d'être franchement à contre-courant, s'avère être extrêmement difficile, car nécessitant de construire les outils avant de pouvoir obtenir des résultats. Nissim Amzallag s'est attelé à cette tâche... je vais m'efforcer de présenter quelques aspects de son travail dans la quatrième partie de cette page. |
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Dans la démarche scientifique qui
établit des modèles
plutôt que des lois (voir René Thom, une
théorie
générale des
modèles), les statistiques
interviennent soit dans l'élaboration du
modèle (statistiques descriptives comme les
nomme N. Amzallag) soit dans la justification (a
posteriori) du modèle (statistiques
qualifiées de justificatives). |
*La Raison malmenée. De l'origine des idées reçues en biologie moderne, Gérard Nissim Amzallag, Préface d'André Pichot, CNRS Editions 2002, p 194-196 (Les statistiques justificatives) |
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les analyses de variance (ANOVA)
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RM*p195 |
Il est d'usage de décomposer les caractères dans les études de populations en trois parties: le génotype (supposé constant et héritable, s'exprimant quelles que soient les conditions de milieu), l'environnement (la part du phénotype sous la dépendance directe du milieu) et la composante d'interaction entre ces deux premiers termes. |
Les analyses de variance (ou ANOVA)
permettent, en comparant des populations exposées
à des environnements différents de
déterminer STATISTIQUEMENT et quantitativement la
part respective des trois composantes. Ainsi, dans le modèle de contrôle génétique du développement, majoritairement considéré, on exerce une «pression sur le réel» de type «autocatalytique, en renforçant toujours davantage la réponse positive, parce que celle-ci fait déjà partie intégrante de la méthode d'investigation». |
Amzallag relie ce parti-pris à la comparaison que fait Lewontin: «Par exemple, si deux hommes construisent un mûr en posant des briques l'une sur l'autre, nous pouvons aisément quantifier leur contribution respective en comptant le nombre de briques posées par chacun. Par contre, si l'un prépare le ciment et l'autre pose les briques, il est absurde de mesurer leur contribution respective en comparant le nombre de briques posées avec le volume de ciment produit» (R.C. Lewontin, The analysis of variance and the analysis of causes, American Journal of Human Genetics, 1974, 26, 400-411 - cité dans RM p 196). |
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du bruit à la
surdité
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RM*p200s |
Une irréductible variabilité est inhérente à toute mesure expérimentale. Vis-à-vis de la valeur absolue, c'est l'incertitude. Vis-à-vis du sens de la mesure les statistiques s'efforcent de chiffrer la fiabilité de la mesure vis-à-vis d'un phénomène, soit approximé à partir d'un traitement statistique des données (régression par exemple), soit déduit à partir des propriétés du système (fonction continue par exemple dans un modèle thomien).
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Poussé à l'extrême le raisonnement déterministe statistique considère que la variabilité est non orientée (isotrope) dans sa cause comme dans son effet. La variation est alors évaluée à l'aide de l'écart-type qui représente l'amplitude des variations par rapport à la valeur moyenne. On définit alors une limite arbitraire à partir de laquelle on considère que les variations autour de la moyenne sont plus importantes que le bruit de fond inhérent à l'expérience. Une mesure très excentrique a donc toutes les chances d'être considérée comme un artefact expérimental. Et le chercheur est fondé à recommencer son expérience jusqu'à ce qu'il obtienne une majorité de résultats qui s'inscrivent dans les limites de la loi statistique choisie, avec une variabilité considérée comme acceptable.
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Dans un travail de biologie moléculaire, avec l'arsenal technique (et donc le coût) que représente une publication - par exemple pour les résultats de l'expression d'un gène ciblé -, on considère que l'obtention d'un seul résultat significatif est probante, sans même exiger une reproductibilité de l'expérience, impossible à réaliser d'ailleurs la plupart du temps étant donné la destruction du matériel vivant aux fins d'analyse. En recherchant des résultats conformes (paradigmatiquement corrects) on se ferme à une complexité considérée comme inaccessible, par exemple celle reposant sur des cas de redondance des réseaux de régulation: ce qu'Amzallag nomme la causalité redondante°.
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«...Il est impossible de déceler, au moyen de la méthode d'investigation traditionnelle, si l'effet observé sur la moyenne est un artefact (c'est-à-dire une transformation artificielle d'une causalité redondante° en causalité dominante) ou bien s'il reflète une réalité biologique, puis que la méthode classique d'investigation ne permet d'étudier un système qu'après avoir transformé ses régulations selon un mode de causalité dominante». |
«... les mutants ne sont détectés que grâce aux différences qu'ils affichent par rapport aux individus normaux, c'est-à-dire par le résultat même de la [supposée] mutation. Par voie de conséquence, les mutations détectables sont uniquement celles relatives à une causalité dominante. Dans le cas d'une causalité redondante d'un réseau fonctionnel, les mutants sont décelés uniquement si la mutation affecte un tronçon en chaîne du réseau, d'un nud ou dans les dernières étapes (parfois linéaires) de la production d'un composé ou de la régulation d'une variable. Dans les autres cas, la déficience d'un gène passera complètement inaperçue, même si le produit du gène en question est impliqué dans le processus étudié». |
On ne pourra dépasser ces limites
qu'en élargissant le cadre
épistémologique afin d'intégrer
l'hypothèse déterministe et la
causalité
redondante°,
tout en trouvant le moyen de distinguer entre ces deux modes
de régulation. |
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3. Comprendre la
variation en biologie ... une question ouverte
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sans prétendre balayer la question, voici quelques approches... |
3.1 l'approche fonctionnelle
mathématique
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C'est Leibniz qui, dans un manuscrit de 1684, utilise le mot fonction dans le sens où on le comprend actuellement (ou presque*): « toute quantité qui varierait d'un point à un autre d'une courbe » . On considère qu'on lui doit les mots de variable et constante ainsi que de paramètre. |
En mathématique une variable est à la fois une grandeur (mesurable) et un symbole formel. En biologie paramètre et variable sont employés dans le même sens d'élément mesurable ou contrôlable d'un système (voir cours de seconde sur les paramètres de l'effort). |
*d'après M. Kline, Mathematical Thought from Ancient to Modern Times, New York, Oxford University Press, 1972, p. 339-340.; cité dans les notes de Paraboles et catastrophes, René Thom |
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Ainsi, on pourrait ramener le problème de la variabilité à celui de la description du phénomène vivant à l'aide de fonctions et donc de constantes et de variables. |
Dans cette approche le phénomène vivant est variation et il n'y a pas de méthode particulière pour étudier ou exprimer la variation qui est l'expression même de la vie. La compréhension de la variation dépend alors principalement de l'échelle à laquelle on se place. |
Mais il existe une autre approche, plus philosophique, qui repose davantage sur les temps du vivant. |
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revenir à Aristote,
puissance et acte....
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le secours d'Aristote |
Aristote est considéré comme le premier philosophe grec qui a résolu le problème du mouvement / changement à l'aide de la division de l'être en acte et puissance. L'unité vient de l'acte, la multiplicité de la puissance. Un être vivant est à la fois en acte, un être, unique dans son être corporel, et à la fois multiple, divisé, car matériel. |
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la variation comme
différence et la variation comme changement
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étymologie |
Une fois encore revenir à
l'étymologie permet de débusquer des a
priori : variation vient du latin
varius qui a deux sens que l'on retrouve dans
l'ancien français vair ou vairon (de
couleur différente mais aussi changeante, par exemple
pour les yeux): |
En biologie la variation peut donc
désigner Une cellule et, a fortiori, un organisme sont des ensembles hétérogènes. Et l'on peut aussi bien les étudier comme formes stables que comme formes changeantes. |
Cette oscillation continuelle entre ces deux sens brouille notre perception de la variation que l'on croît saisir comme le mouvement d'une forme vivante stable (la vie étant considérée comme un processus dynamique, mais stable) ou comme une propriété intrinsèque des organismes vivants que l'on sait en perpétuelle évolution. |
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la variation comme différence |
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La catégorie qui représente
le mieux cette stabilité est l'espèce.
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Les êtres vivant (individus) naissent, vivent et meurent au sein de l'espèce. L'espèce représente le continu et les individus des formes saillantes*. La différence entre les individus au sein de l'espèce c'est la variation intraspécifique. |
* pour le vocabulaire de René Thom voir la page sur les 4 causes d'Aristote en SVT |
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la variation comme changement |
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Les espèces évoluent.
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Les individus naissent, croissent,
vivent, meurent.
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Même si c'est l'espèce, qui est le sujet théorique de l'évolution, seuls les individus sont accessibles expérimentalement. La fonction de l'individu qui le fait participer de l'espèce est la reproduction, c'est donc probablement là que se joue l'évolution au niveau local. |
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L'espèce est un continu. Mais il y
a une discontinuité, lors de la
spéciation,
apparition d'une nouvelle espèce, et lors de
l'extinction. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'étude des populations nous permet d'atteindre la stabilité de l'espèce, par l'étude des variations intraspécifiques, alors que l'étude de phylums nous permet de comprendre les mécanismes de la spéciation. Vouloir confondre ces deux ordres de grandeur est une tentation extrêmement prégnante mais que je crois qu'elle conduit à des erreurs. |
En comparant les individus au sein d'une
espèce on peut évaluer la variation
intraspécifique, À UN INSTANT
DONNÉ, mais non la variation AU COURS DU TEMPS, pour
laquelle il faut accéder à des individus
à des époques différentes, ce qui ne
peut se faire que par la paléontologie, qui n'est pas
une science expérimentale. |
La variation interspécifique ne peut guère se faire qu'en comparant des espèces et donc des individus d'espèces voisines. |
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La stabilité de l'espèce et donc les petites variations intraspécifiques s'étudient à l'échelle de la population pour des temps de l'ordre de quelques générations (temps de reproduction). C'est, de loin, le sujet le plus fréquent des études sur la variation. Ces études concernent donc davantage la stabilité de l'espèce, malgré les variations individuelles, que l'évolution. |
L'évolution, dans son approche interspécifique, s'étudie à l'échelle des phylums (embranchements et autre regroupement classificatoire évolutif). La méthode la plus universellement employée est la méthode cladistique. Cependant, cette méthode n'inclue aucune théorie de la variation spécifique, elle est, en cela, inachevée. La plupart du temps les chercheurs considèrent que cette variation résulte d'un mutationnisme (moléculaire au départ) généralisé aux fonctions. Nous nous sommes efforcés de démonter cette interprétation simpliste ci-dessus. |
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Remarque |
Mes propos pourraient être mal
interprétés. Je ne dis pas que la variation
des individus est un bruit indésirable, comme
le fustige si bien Nissim Amzallag, mais, bien au contraire,
que la variation individuelle, qui est vraiment une
variation de l'individu, n'est, profondément, que
l'expression de la stabilité de l'espèce. |
J'appelle de tous mes vux, comme je vais essayer de le présenter plus bas, et comme pédagogue ouvert à toutes les inventions de l'esprit humain qui cherche à comprendre la vie, un développement de la conception d'une individualité émergente qui supporte un mécanisme original de spéciation qui pourrait être élargi au sein d'une nouvelle théorie évolutive (la dissociation autonome pour Nissim Amzallag). |
N. Amzallag, Du sens de la variabilité, 2007, in Génétiquement indéterminé, ch 1 (pp27-58), Quæ (Cemagref, Cirad, Ifremer, Inra) (table des matières: http://www.quae.com/livre/ ?GCOI=27380100948540) L'homme végétal : pour une autonomie du vivant, Gérard Nissim AMZALLAG, Albin Michel, 2003 (préface de Bernard Werber) |
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celui de Charles Darwin dans : The Variation of Animals and Plants under Domestication, 1868
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C. Darwin en observateur minutieux ou conteur intarissable décrit des variations héréditaires de façon très détaillée chez un grand nombre d'espèces domestiques (chats, chiens, chevaux, ânes, porcs, bovins, ovins, caprins, lapins, pigeons (exhaustif !!!), volailles, vers à soie, céréales, plantes potagères, fruitiers, fleurs...). Il se rapporte parfois à sa théorie de la descendance avec modification que l'on retrouve dans L'origine des espèces mais il y a dans cet ouvrage une faconde stupéfiante qui déborde généreusement l'étroitesse des développements théoriques modernes plus ou moins inspirés de cet auteur. |
Une traduction française est
disponible gratuitement sur Gallica: http://gallica.bnf.fr
/ark:/ 12148/ bpt6k406270g |
le texte original en anglais (formal html avec chapitrage et figures séparées) en téléchargement gratuit est disponible sur la librairie virtuelle Gutenberg: http://www.gutenberg. org/ etext/ 3332. Pour de plus amples détails sur les différentes éditions voir désormais Darwin online qui offre l'intégralité de l'uvre de Darwin. |
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bergsonisme
téléchargement gratuit des livres d'H. Bergson (très utile pour faire des recherches intratext automatisées) page sur le temps (terminales S) |
Bergson, par sa démarche métaphysique originale (à partir de l'intuition) réconcilie le corps et l'esprit dans la durée (Matière et mémoire : essai sur la relation du corps et de l'esprit, 1896, cité MM). Sans développer une ontologie de la matière, qu'il considère impossible, il renvoie dos à dos les positions tranchées matérialistes et idéalistes. Il met ainsi en évidence l'inanité d'une théorie de la variation puisqu'elle est l'expression du jaillissement permanent de nouveauté qu'est la vie. |
C'est donc dans l'Évolution créatrice (1907, accès gratuit au livre, cité EC) qu'il faut aller chercher la signification de la variation. Si L'évolution créatrice est très ancrée dans son temps par la discussion des théories (Lamarckisme, Darwinisme, travaux de Spencer, qui furent les premières amours de Bergson) et de philosophies (le ch IV est un excellent résumé de la vision des sciences de la vie de nombre de systèmes philosophiques), cet ouvrage n'apporte pas moins une vision originale, lumineuse et cohérente de l'évolution. Le premier point fondamental est, à mes yeux, que le milieu ne se distingue pas de façon nette de l'organisme vivant, à la manière de ce que Bergson dit du corps et de l'esprit ou de la matière et de la conscience (ci-contre quelques phrases; voir extraits plus complets sur la page sur Bersgon). |
Il ne s'agit de s'arrêter ni au
réalisme naïf, ni à l'idéalisme
naïf : « Les mêmes besoins, la même
puissance d'agir qui ont découpé notre corps
dans la matière vont délimiter des corps
distincts dans le milieu qui nous environne. S'il n'y a pas de milieu indifférent (on retrouve ces termes chez Canguilhem), on pourrait même dire avec Bergson que le milieu proche n'est séparé de l'être vivant que dans la durée et non pas dans l'espace. Je voudrais aussi faire le rapprochement avec le discours d'André Pichot sur la disjonction d'évolution entre l'être vivant et son milieu. |
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« Que la condition nécessaire de l'évolution soit l'adaptation au milieu, nous ne le contestons aucunement. Il est trop évident qu'une espèce disparaît quand elle ne se plie pas aux conditions d'existence qui lui sont faites. Mais autre chose est reconnaître que les circonstances extérieures sont des forces avec lesquelles l'évolution doit compter, autre chose soutenir qu'elles sont les causes directrices de l'évolution. Cette dernière thèse est celle du mécanisme. Elle exclut absolument l'hypothèse d'un élan originel, je veux dire d'une poussée intérieure qui porterait la vie, par des formes de plus en plus complexes, à des destinées de plus en plus hautes. Cet élan est pourtant visible, et un simple coup d'il jeté sur les espèces fossiles nous montre que la vie aurait pu se passer d'évoluer, ou n'évoluer que dans des limites très restreintes, si elle avait pris le parti, beaucoup plus commode pour elle, de s'ankyloser dans ses formes primitives. Certains Foraminifères n'ont pas varié depuis l'époque silurienne. Impassibles témoins des révolutions sans nombre qui ont bouleversé notre planète, les Lingules sont aujourd'hui ce qu'elles étaient aux temps les plus reculés de l'ère paléozoïque. (--->) |
La vérité est que
l'adaptation explique les sinuosités du mouvement
évolutif, mais non pas les directions
générales du mouvement, encore moins le
mouvement lui-même. Là est la première erreur du finalisme. Elle en entraîne une autre, plus grave encore. (--->) |
Si la vie réalise un plan, elle
devra manifester une harmonie plus haute à mesure
qu'elle avancera plus loin. Telle, la maison dessine de
mieux en mieux l'idée de l'architecte tandis que les
pierres montent sur les pierres. Au contraire, si
l'unité de la vie est tout entière dans
l'élan qui la pousse sur la route du temps,
l'harmonie n'est pas en avant, mais-en
arrière. L'unité vient d'une vis a
tergo : elle est donnée au début comme
une impulsion, elle n'est pas posée au bout comme un
attrait. L'élan se divise de plus en plus en se
communiquant. La vie, au fur et à mesure de son
progrès, s'éparpille en manifestations qui
devront sans doute à la communauté de leur
origine d'être complémentaires les unes des
autres sous certains aspects, mais qui n'en seront pas moins
antagonistes et incompatibles entre elles. |
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![]() Nissim Amzallag (Photo trouvée sur le site de Nakim) En
travaux
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Si j'éprouve une forte
attirance pour la philosophie (je ne cache pas mon attirance
pour les propos de Bergson ci-dessus), philosophie qui, je
crois, peut faire gagner du temps, je suis cependant
admiratif du profond enracinement de Nissim Amzallag dans
l'expérience. Ce petit chapitre
va s'efforcer de rendre compte, progressivement, des travaux
qu'il a lui-même vulgarisés dans
La
Raison malmenée. De l'origine des idées
reçues en biologie
moderne (cinquième
partie: Rejet de souche) et dans le chapitre1 de
Génétiquement
indéterminé.
J'ai du parfois aller chercher
quelques figures dans ses publications
scientifiques...
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4.1 - Historique |
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La variation n'est pas un bruit |
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«...il existe un choix qui n'a pour ainsi dire jamais été remis en cause en biologie : celui considérant la variabilité comme l'expression d'un bruit». DSV*p 27 |
À la suite de Poincaré nous
avons cherché à modéliser les
phénomènes par des fonctions (voir
Maths-SVT).
Il y a peut-être eu une erreur faite avec la tendance
à considérer que ce qui n'était pas la
fonction était un bruit (phénomène =
fonction (loi) + bruit). |
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« Un simple aperçu de la réalité biologique révèle l'existence d'au moins deux options épistémologiques. La première (la transposition de l'approche de la physique classique à la biologie) s'appuie sur le postulat de validité de la condensation des données au travers de la moyenne. Dans ce cas, l'écart-type représente la quantité de bruit dans l'expression de la valeur moyenne. Au contraire, la variabilité n'est pas un simple bruit isotrope dans la seconde approche. Elle est l'expression d'une individualité de la réponse». DSV* p 30 |
Travaux de Pascale Mentré sur
l'eau (voir Au-delà
de la cellule).
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La biométrie (qui utilise l'outil statistique) à poussé les expérimentateurs à travailler de plus en plus sur des populations homogènes, avec des comportements prédictibles... ce qui a éliminé la variation et a renforcé la légitimité de l'outil statistique (voir ci-dessus). |
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Ce passage est géant. Il invalide la relation de cause à effet de nombre de résultats expérimentaux puisqu'on a normalisé les résultats et excluant toute individualité. |
« En toute rigueur, l'ignorance
de la nature de la distribution des valeurs mesurées
dans les populations devrait conduire à l'usage (...)
de statistiques (...) dites non-paramètriques.
Cependant, fondés sur une hiérarchisation
qualitative des individus selon un critère
donné, ces outils statistiques n'utilisent qu'une
faible partie de l'information contenue dans les
données, si bien que leur usage aboutit à une
généralisation de portée très
limitée. Elle réduit ainsi le "rendement" de
la machine scientifique. C'est pourquoi, en biologie, la
condition de normalité est non pas
vérifiée par l'expérimentation, mais
pratiquement tout le temps implicitement entendue. |
Pour un comportement d'un ensemble de molécules, c'est donc une fonction globale statistique que l'on cherche et non le comportement individuel qui lui repose sur la cause-effet (local). Mais la fonction globale n'est pas justifiée par des entités individuelles (les molécules) mais par le tout (organisme). C'est pour cela qu'il applique son raisonnement aux populations et non pas aux molécules. On peut parler d'individualité à partir des cellules (et encore...). |
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de la difficulté de
publier des résultats sur l'individualité
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2 exemples |
« Et pourtant, la variabilité demeure une réalité incontournable en biologie. En témoigne, par exemple, la variation inter-individuelle de l'ordre de 1000 fois qui est mesurée dans la sécrétion de l'endomannanase par l'extrémité de jeunes racines de tomates pourtant génétiquement identiques et exposées aux mêmes conditions (15). Un tel écart rend impossible l'usage de moyennes, du moins tant que l'hypothèse de normalité n'est pas vérifiée. Mais une telle vérification n'est généralement même pas envisagée pour deux raisons. Tout d'abord, elle exigerait d'effectuer la mesure sur plusieurs centaines d'individus, ce qui représente un travail fastidieux. Ensuite, une absence de normalité n'est mène pas concevable dans la perspective réductionniste servant généralement de support à l'hypothèse testée. Au-delà des fluctuations
immenses de variabilité parfois enregistrées,
il peut également apparaître des distributions
plurimodales (c'est-à-dire l'existence de plusieurs
pics dans une distribution de fréquences), et ce,
même sur des systèmes biologiques très
homogènes. Par exemple, dans les embryons de graines
de tournesol, la quantité d'ADN (1C) par cellule suit
une distribution bimodale. Celle-ci correspond au fait que
les plantules issues de graines situées en
périphérie du capitule contiennent en moyenne
20 % d'ADN en moins que les plantules issues de graines
développées au centre (16). Ce
phénomène ne peut être regardé
comme un artefact parce qu'il se reproduit
systématiquement sur chaque inflorescence. C'est
pourquoi le calcul d'une quantité moyenne d'ADN (1C)
ne reflète ici rien d'autre qu'un état
virtuel. Non seulement la valeur moyenne ne
représente aucun des individus de la population, mais
en plus elle occulte un phénomène remarquable
d'autocompensation de la quantité d'ADN à un
moment donné du développement, dont
l'existence est révélée par
l'impossibilité de sélectionner des
lignées de faible ou haute quantité d'ADN
(17). |
Notes: (16) Cavallini et al., 1989,, Nuclear DNA changes within Helianthus annuus L. : origin and control mechanism, Theor. appl. Genet. 77, 12-16 ; une pareille différence se retrouve chez Festuca arundinacea entre graines situées en haut et en bas de l'épi, voir Ceccarelli et al., 1992, Variations in genome size and organization within hexaploïd Festuca arundinacea. Theor. appl. Genet. 83, 273-278. (17) Cavallini et al., 1996, Nuclear DNA changes within Helianthus annuus L. : Variations in the amount and methylation of repetitive DNA within homozygous progenies, Theor. appl. Genet. 92, 285-291 |
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les
brassinostéroïdes peu efficaces
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DSV* p 35-37 |
Les brassinostéroïdes (BRs) sont les phytostéroïdes, stéroïdes végétaux. On a donc voulu leur attribuer des rôles hormonaux calqués sur ceux connus chez les animaux. Mais ils ne circulent pratiquement pas et semblent pouvoir mimer l'effet de pratiquement toutes les substances informatives (comme l'éthylène, voir Trewavas, 1999 accessible en image sur books.google.fr). |
Trewawas A., 1999. The importance of individuality, in H.R. Lerner (ed.), Plant response to environmental stresses. From phytohormones to genome reorganization. marcel Dekker Inc. New-York, 730p |
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« Les BRs ont réellement
commencé leur carrière de régulateurs
de croissance à partir du moment où l'on a pu
identifier quelques situations dans lesquelles l'effet des
BRs était proportionnel à la concentration
administrée. Les BRs seraient donc bien des hormones
dont l'action se combinerait avec celles des autres
régulateurs de croissance, ce qui justifie le vaste
spectre d'influence observé. Initialement
réfractaires au modèle traditionnel de
l'hormone, les phytostéroïdes semblent lentement
s'y plier. Dans cet exemple, l'effet sur la moyenne est reproductible à loisir, à condition de travailler sur des populations suffisamment grandes. Il peut de ce fait être utilisé afin de déceler la présence de BRs dans un extrait. Mais cette prédictibilité de l'effet ne préjuge en rien de l'action des BRs dans le gravitropisme. Cet exemple illustre la coexistence de deux niveaux de réalité complètement indépendants, un niveau ingéniérique (la mise au point d'un essai biologique fiable) et un niveau scientifique (le mode d'action des BRs sur la racine). Ainsi, la restriction de l'analyse à une comparaison de moyennes revient à extrapoler le niveau ingéniérique à la réalité biologique. Il n'est pas étonnant que cette approche conduise à une représentation des transformations propres au vivant sous la forme de «mécanismes» ressemblant à s'y méprendre à ceux développés par les ingénieurs cybernéticiens». |
![]() Figure 1.2. Effet des brassinostéroïdes sur le temps nécessaire à l'initiation de la réponse gravitropique chez le pois. PIGR : pourcentage de la population initiant la réponse gravitropique dans l'intervalle de temps (en min) indiqué en abscisse. D'après Amzallag G.N. et Vaisman J., 2006, |
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la tolérance au NaCl, une
réponse adaptative au milieu
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DSV*p39s |
N. Amzallag a déjà publié de nombreux articles sur la tolérance des végétaux (notamment le sorgho) au NaCl. Certaines idées ont été vulgarisées dans son livre La Raison malmenée. De l'origine des idées reçues en biologie moderne , dans la cinquième partie (CNRS éd, 2002). Amzallag, 2001a: Developmental Changes in Effect of Cytokinin and Gibberellin on Shoot K+ and Na+ Accumulation in Salt-Treated Sorghum Plants, G. N. Amzallag, Plant biol (Stuttg) 2001; 3: 319-325 DOI: 10.1055/s-2001-16465;(abstract) |
La tolérance au NaCl peut
être induite chez le sorgho grâce à
l'exposition des plants à une concentration de 150mM
durant trois semaines, et ce, uniquement, pendant une
période de
compétence (cette notion
de période de compétence a été
développée en embryologie
par Rosine
Chandebois),
durant le développement précoce. Les plantes
sont ensuite capables de résister à des
concentrations de 300mM de NaCl, létales en absence
d'adaptation induite à la salinité. |
Mais cet exemple peut aussi montrer les
dangers de l'analyse statistique trop rapide. |
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DSV*p41s |
On peut considérer qu'il existe 4 sources de variabilité: |
- l'individuation (ou effet du
à l' individualité qui «
résulte de l'orientation de l'individu vers une
trajectoire particulière dans un champ de
possibilités
[je
préfère parler de champ de
dynamiques] qui s'ouvre
à un moment précis du
développement.» (p 39) « ... si la
variabilité reflète une réorganisation
individuelle des régulations développementales
en réponse à un changement abrupt, alors les
différences de viabilité
[dans le cas où des
organismes sont exposés à un
stress] devraient être
relativement réduites, le développement
aboutissant à l'émergence de formes
généralement viables et
harmonieuses». |
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le coefficient de variation
(CV)
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CV
(coefficient de variation)=
100
X
SX(écart-type)
/ Xm (valeur moyenne)
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N. Amzallag propose de comparer les CV dans une série de données homologues afin de détecter une fluctuation de la stabilité d'un caractère ou encore sa canalisation****. |
« Même en conditions naturelles, où l'hétérogénéité génétique et environnementale est importante, le CV peut refléter une réalité biologique. Ce point est illustré par l'analyse d'une Labiée pluriannuelle, Origanum dayi, plante endémique du versant est des montagnes de Judée, vivant à la limite de la zone désertique. Les plantes de celle espèce produisent une huile essentielle dont il est possible d'analyser les composés principaux (22 molécules volatiles distinctes) dans chaque individu. En échantillonnant les
individus dans dix stations dispersées sur l'aire de
répartition de cette espèce, il est possible
de calculer la moyenne de la représentation de chacun
des 22 composés volatils de l'huile essentielle.
L'amplitude des différences environnementales entre
stations n'est pas connue, mais on constate qu'elle agit
exactement de la même façon sur tous les
composés volatils mesurés. C'est pourquoi on
peut considérer, en première approche, que la
fluctuation inter-stations dans la moyenne (soit encore le
CV calculé sur la base des 10 moyennes intra-station)
reflète le degré de plasticité des
composés volatils. Par ailleurs, le niveau de
canalisation dans l'accumulation d'un composé volatil
peut être considéré comme inversement
proportionnel au CV intrastation (ou plus exactement
à la moyenne des CV intra-stations). |
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Soil microvariations as a source of variability in the wild : the case of secondary metabolsime in Origanum dayi, Post, G. N. AMZALLAG, O. LARKOV, M. BEN HUR, and N. DUDAI, Journal of Chemical Ecology, Vol. 31, No. 6, June 2005, DOI: 10.1007/s10886-005-5283-4 |
****canalisation = le terme est utilisé par Conrad Waddington en 1942 pour désigner une contrainte sur une trajectoire définie. L'exemple le plus simple est celui donné par les chréodes ("routes obligatoires" selon Thom) dans son paysage épigénétique (voir ci-dessus et page sur les modèles). Il est aussi utilisé comme traduction de chanelling dans le métabolisme (voir Au-delà de la cellule, 2.1.2.c). |
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le degré de
redondance des réseaux de
régulation
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Amzallag G.N., Seligmann H., Lerner H.R., 1995. Induced variability during the process of adaptation in Sorghum bicolor. J. Exp. Bot. 45, 1017-1024 réedité in Salinity: Environment - Plants - Molecules, 291-312,Springer Netherlands, DOI 10.1007/0-306-8155-3, 2004 (abstract) |
Dans le cas théorique d'une double
chaîne métabolique: soit les substrats
XA et XB, les produits
intermédiaires A et B, et C, le produit final unique.
Les flèches ab et ba indiquent des voies de
conversion de A en B et réciproquement. |
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Cas I Cas II Cas III |
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On peut donc appliquer ce raisonnement à l'étude du gravitropisme de la racine de pois sous l'action des BRs vu ci-dessus. |
« ... il existerait deux voies parallèles de stimulation de la réponse de la racine mettant chacune en jeu un mécanisme plus ou moins rapide de courbure, la première des deux voies exprimée éliminant l'effet de l'autre. Dans ce cas, l'effet des BRs serait l'annulation de l'inhibition de la réponse rapide par la réponse lente.» |
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effet
silencieux
N. Amzallag fait judicieusement remarquer que dans le contexte d'un réseau redondant de régulation, un changement de moyenne indiquerait davantage la perte de la variabilité du réseau (qui tend à stabiliser la moyenne) par transformation du réseau en une chaîne de régulation, qu'une réelle variabilité. Il appelle ce paradoxe «l'effet silencieux». |
« Les BRs appliquées
à des concentrations de 0,1 à 10 nM ne
modifient pas de façon significative le rapport entre
les deux types de racines (adventives et séminales)
chez le sorgho. On est donc porté à conclure
que les BRs n'ont aucune influence sur l'allocation des
ressources entre ces deux organes. Mais c'est là
ignorer les changements induits par le traitement aux BRs
dans la variabilité: le CV augmente
considérablement après application de 0,1 nM
BRs, alors qu'il diminue après addition de BRs
à 1 et 10 nM. Il y a donc ici un effet silencieux. Il
suffit de changer le sens des flèches dans la figure
1.3 (ci-dessus) pour le représenter, puisque les deux
types de racines dépendent pour leur croissance des
mêmes ressources produites par les parties
aériennes. Ainsi, l'étude de la
variabilité révèle que les BRs jouent
d'une façon très subtile sur les relations
source-puits entre tiges et racines. À faible
concentration (0,1 nM), ils accentuent l'asymétrie de
distribution des tiges vers les deux types de racines, mais
ils imposent ensuite (à partir d'une concentration de
1 nM) un mode de relation stabilisé. Les BRs
n'exercent une influence sur le rapport tige/racine
qu'à partir d'une concentration de l'or de de 10 nM.
Or cette concentration est très
éloignée de la concentration physiologique
(sauf exception, les concentrations de BRs mesurées
dans les tissus végétaux sont
généralement en deçà de 0,1 nM).
II semble donc que l'effet sur la moyenne reflète une
linéarisation des processus de contrôle, qui
est ici probablement un artefact. C'est donc en fait
l'influence silencieuse sur le CV qui révèle
ici le véritable mode d'action des BRs.» DSV*p44
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exercice
d'application :
effet des BRs sur la vigne (Vigna radiata) dont les racines adventives sont exposées au sel. |
On observe (au niveau des valeurs moyennes) une stimulation de croissance à 20 nM de BRs et une inhibition après exposition à 500 nM de BRs. L'analyse des CV montre de plus que les racines dont la croissance est la moins inhibée sont celles pour lesquelles la valeur du CV est la plus faible. |
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de r, coefficient de corrélation d'une régression, à z, indicateur biologique de la variabilité |
Le coefficient de corrélation
d'une régression est censé représenter
le degré de représentativité de la
fonction de régression par rapport à la
dispersion des points de mesure. |
Mais il existe un moyen de transformer le coefficient de corrélation r (surtout pour les faibles valeurs de r, dont la limite de représentativité est habituellement fixée aux valeurs de probabilité P < 0,05) afin qu'il présente une distribution quasi-normale et puisse donc être considéré comme une variable du système biologique étudié au moyen des paramètres corrélés. |
z est défini par où r est le coefficient de corrélation. C'est la valeur absolue de z que l'on utilise comme indicateur biologique d'une variation. N. Amzallag reprend ici l'exemple des 10 populations sauvages d'Origanum dayi présentées plus haut. |
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Soil microvariations as a source of variability in the wild : the case of secondary metabolsime in Origanum dayi, Post, G. N. AMZALLAG, O. LARKOV, M. BEN HUR, and N. DUDAI, Journal of Chemical Ecology, Vol. 31, No. 6, June 2005, DOI: 10.1007/s10886-005-5283-4 |
« Après avoir
mesuré la quantité de matière organique
dans le sol de chacune des dix stations, il devient possible
de calculer le coefficient de corrélation entre le
taux de matière organique du sol et la valeur moyenne
(calculée sur la base de toutes les plantes de la
station) de chacun des 22 composés principaux de
l'huile essentielle. |
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Celle-ci ne résulte pas uniquement de la position des coordonnées des 3 composants pour lesquels la valeur de r révèle une corrélation significative. Ce sont toutes les valeurs de z qui s'alignent de façon cohérente sur un tel graphe. Cela révèle que les valeurs de z peuvent servir à mettre en évidence un phénomène biologique, et ce indépendamment du seuil de signification de la corrélation. Dans le cas présent, il apparaît que les matières organiques présentes dans le sol conditionnent, dans son ensemble, le métabolisme secondaire générant les composés volatils. Cette conclusion n'a rien de très étonnant dans la mesure où le métabolisme secondaire est généralement organisé en un réseau d'interactions entre voies métaboliques. (---->) |
Par l'usage des statistiques
qualitatives, l'expérimentateur tend à
réduire progressivement son champ (dans ce cas, la
réduction de 22 à 3 composés) avant de
prolonger l'investigation, alors que le contraire se produit
le plus souvent au travers de l'approche explorative
illustrée ici. Ainsi, les conclusions de
l'expérience, mais également le type de
questions se trouvent conditionnées par le mode,
qualitatif ou quantitatif, d'approche de la
régression. |
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La «connectance» d'une
variable est la valeur moyenne de l'intensité de
ses relations avec les autres variables exprimées en
valeurs absolues de z.
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La «connectance» globale
d'un système est la moyenne de la valeur absolue
de tous les z. «Dans ce cas elle reflète la
structure du réseau de relations entre unités
biologiques homologues (individus, organes, cellules,
organites, protéines, molécules, etc.).
Sa valeur est influencée par le
degré de ramification, de redondance du
réseau, ou encore l'intensité des relations
entre unités». |
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Exemple: |
« Comparons la connectance et le CV pour une série de caractères de fins de cycle mesurés sur des populations homogènes de sorgho (descendant chacune par autofécondation d'un seul parent) exposées au même milieu. Une relation non-linéaire, en forme de V, apparaît sur le graphe. La canalisation maximale d'un caractère (les valeurs du CV les plus faibles) correspond à une valeur intermédiaire de la connectance (autour de 0,5), tandis qu'un fort CV, reflétant une faible canalisation (soit encore une forte influence du milieu sur l'expression du caractère) s'observe pour de faibles ou très fortes connectances. Ce résultat correspond au fait qu'une faible canalisation (forte influence des perturbations diverses dans l'expression d'un caractère) se manifeste dans deux cas distincts: une faible connectance (isolement de la régulation du caractère par rapport au réseau), ou une très forte connectance (réorganisation du réseau autour d'un seul et unique facteur chapeautant l'ensemble). (----->) |
Connectance in Sorghum development:
beyond the genotype-phenotype duality, G.N.
Amzallag, BioSystems 56 (2000) 1-11
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Remarque: |
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Dans les deux cas, l'expression du caractère devient conditionnée par un nombre minimum de facteurs, eux-mêmes influençables par les diverses variations susceptibles de perturber son expression.» |
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4.4 - Une nouvelle épistémologie à construire Les propos qui suivent peuvent paraître s'éloigner du thème de cette page (les mutations) mais il faut garder à l'esprit que la plupart des résultats expérimentaux en biologie du développement qui présente des phénomènes non-linéaires sont interprétés à grand renfort de mutants imaginaires surgis au hasard et sélectionnés par le milieu. Dans cette partie N. Amzallag nous emmène sur d'autres pistes. |
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DSV*p 51s |
Les exemples proposés ci-dessus restaient au sein du paradigme génétique avec un réseau de régulation, même redondant, qui reposait sur des gènes supposés être responsables des différents éléments du réseau. On est toujours dans une vision linéaire du développement de l'organisme, sous le contrôle d'un programme génétique. Mais il est évident que cela n'est pas l'interprétation la plus simple ni la plus évidente. |
« Comment imaginer un mode darwinien d'évolution de gènes codant pour des voies parallèles, alors que la redondance contrecarre toute possibilité de les sélectionner de façon spécifique ?» |
Au contraire, il est patent que les outils d'analyse expérimentaux mis en place précédemment peuvent nous aider à caractériser de façon plus exacte les changements de phase lors du développement, plutôt qu'à les considérer comme des changements arbitraires dans le programme de développement. En effet, la stabilité d'un réseau, et plus encore celle d'un réseau redondant, porte à penser que l'émergence d'une nouvelle phase de développement ne peut se faire que par interruption du réseau existant et mis en place d'un nouveau réseau. Si l'on utilise la connectance entre organes comme indicateur de la stabilité du réseau de régulation, on devrait pouvoir noter, au cours du développement, des modifications importantes de cette connectance, lors des interruptions des réseaux existants. |
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« Il est difficile de mettre en évidence un tel changement par la mesure de corrélation entre poids des différents organes, parce que les modifications se produisant sur un faible intervalle de temps n'y laissent que peu de traces visibles. Par contre, l'expansion foliaire, s'effectuant sur un bref intervalle de temps, est un indicateur sensible, susceptible de rendre compte des brefs changements dans les régulations. Par exemple, chez le sorgho, il est possible de calculer la corrélation entre la taille de la gaine des feuilles successives et le poids de la plante à un jour donné. Si la croissance était un phénomène continu, alors on devrait observer une corrélation d'intensité croissante entre la taille de la gaine et le poids de la plante au fur et à mesure que l'on considère des feuilles les plus récemment développées. Mais en réalité, on observe que la connectance baisse progressivement de la 3e à la 5e feuille, pour remonter ensuite à la 6e et à la 7e feuille. Cela implique qu'il existe un moment, celui de l'émergence de la 5e feuille, durant lequel la croissance est relativement déconnectée des événements ultérieurs. Cette observation appuie l'idée qu'une discontinuité dans la régulation de la croissance peut se manifester au cours du développement (note 59). L'événement observé durant l'émergence de la 5e et 6e feuille correspond justement à une phase où, chez le sorgho, les racines adventives deviennent l'appareil racinaire principal de la plante (note 60). Peu avant l'émergence de la 5e feuille, l'ensemble du réseau de relations semble se défaire pour se reconstituer à partir de l'expansion de la 6e feuille (note 61). Observé sur des plantes exposées à des conditions optimales, ce phénomène semble inhérent au développement normal. Il témoigne de la refonte de l'ancien réseau de régulation (parties aériennes et racines séminales) inhérent à l'intégration d'un nouveau type d'organes (les racines adventives). Cette intégration coïncide justement avec la période d'adaptation au sel (note 62). L'augmentation induite de tolérance ne serait que le produit de l'intrusion de facteurs perturbateurs supplémentaires (en l'occurrence le NaCI) dans un processus d'adaptation de la plante à une perturbation endogéne (l'émergence de racines adventives) générée par son propre développement. Confirmée par certaines observations (note 64) cette interprétation conduit à une représentation dans laquelle l'échelle de temps propre au développement n'est plus continue. On y découvre un processus composé de périodes de stabilité (les phénophases) durant lesquelles un réseau de régulation régit les relations entre entités. et de périodes critiques durant lesquelles s'opère une restructuration de ces réseaux de régulation conduisant à leur auto-réémergence (fig. 1.4 ci-dessous). |
note 60 note 61 Figure 3. Relations entre la
connectance des feuilles et la compétence
pour l'adaptation au sel. (a) Connectance moyenne
pour les feuilles 3 et 4. (b) Connectance moyenne
pour les feuilles 5-7. Une corrélation non
signifiante (r=0.254, P>0,50) est
observée en (a). Une corrélation
signifiante et positive (r=0,724, P<0,05) est
observée en (b). note 62: note 64: |
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Cette réalité est généralement éludée parce que le fort degré de redondance des régulations biologiques masque l'expression des processus auto-organisés, et parce que la variabilité est une dimension négligée de l'étude des organismes. Or pour mettre en évidence une période critique, il est nécessaire d'appliquer à un moment précis une perturbation susceptible par son intensité de conditionner le devenir du systéme, phénomène qui se traduit avant tout par une augmentation du niveau d'individualité.» |
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Cette vision du développement replace correctement la notion d'information génétique en la libérant de l'imaginaire d'un contrôle fonctionnel (des gènes pour des produits et non des gènes pour des fonctions, voir cours de 1èreS). |
N. Amzallag souligne que l'on comprend ainsi comment l'expression de certains gènes, qualifiés un peu vite de morphogénétiques, peut revêtir, durant certaines périodes critiques, une signification morphogénétique alors que durant une phénophase, ils "codent" pour des protéines n'ayant rien à voir avec un phénomène d'induction de la morphogenèse. Ainsi, si l'on perturbe un de ces pseudo-gènes-morphogénétiques, on provoque une perturbation grave de l'émergence d'un nouveau réseau lors d'une phase critique, qui peut conduire à une morphogenèse anormale ou décalée. On notera que les expériences de N. Amzallag ont été menées sur des plantes mais qu'il paraît tout à fait légitime de tenter une extrapolation au développement des animaux qui présente des phases larvaires et juvéniles homologues de la phase végétative des plantes. Le contrôle de l'expression des gènes durant les périodes critiques permet de comprendre la stabilité du développement, malgré la variabilité inhérente à une espèce. Alors que les variations des processus auto-émergents, associés à ces mêmes phases critiques, permettent de comprendre pourquoi l'individuation, lorsqu'elle est observée, est si étroitement liée à l'adaptation. |
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Remarque
philosophique:
d'après E.U. (article "épigenèse" par Alain Delaunay) |
On rapporte souvent À TORT ces deux théories à une différence dans la matière alors qu'elles concernent la forme substantielle qui donne vie et structure à la matière indifférenciée (aristotélicienne). L'épigénomique et surtout l'épigénétique moderne s'inscrivent dans cette lignée où le sens des mots ne cesse d'évoluer. |
Les épigénistes considèrent que la forme individuelle n'est pas visible au début de la vie (que l'on placerait maintenant à la fécondation) et se manifeste progressivement au cours du développement (au sein de la mère). Il est bien sûr évident que cette forme existe dès le début puisque c'est elle qui donne l'être à la matière. Cette théorie sera reprise par exemple par Piaget ou Freud dans le développement psychique. Les préformistes considèrent que l'individu a déjà une forme complète dès le début de sa vie. cette forme est héritée de la mère, pour les ovistes, et du père, pour les animaculistes. La forme se déplie ensuite ou s'agrandit. |
Au XVIIème siècle on
retrouve ces deux termes mais qui désignent des
processus différents : |
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Réponse de l'exercice
d'application sur les BRs
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Plutôt que de considérer qu'il existe un unique effet moyen pour toutes les racines, mais variable et opposé selon la concentration, on peut d'abord considérer qu'il existe deux effets : l'un activateur, l'autre inhibiteur. |
L'effet activateur s'exprime aux deux concentrations de BR puisque le CV (qui exprime la réduction de la variabilité autour de la valeur moyenne) est plus faible lorsque la croissance est moins inhibée dans les racines adventives qui globalement ont une croissance inhibée. Le sens de la relation entre moyennes et CV révélerait donc un effet activateur direct (permanent). |
L'effet inhibiteur, apparent seulement aux fortes concentrations de BRs (et ce, bien au-delà des concentrations physiologiques), serait un artefact expérimental qui masquerait l'effet activateur. Cet effet inhibiteur serait indirect puisque non permanent. |
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