2006-2008 Plan
+ Une science est
un ensemble de connaissances ayant
un objet déterminé et une
méthode propre. Si l'on se
réfère au dictionnaire (Petit Robert, 1984),
le terme a une longue histoire et vient du latin:
scientia, ayant pour racine le verbe
scire: savoir. Depuis le XVème siècle
le terme de science désigne aussi la pratique d'un
art ou d'une technique (la science de la
guerre par exemple).
+ La science est un
terme qui désigne couramment les sciences
expérimentales. Par exemple quand on parle
"des progrès de la science..." ou "des
scientifiques... (par opposition aux littéraires)",
on pense aux sciences expérimentales. Parfois
certains parlent de sciences exactes par opposition
aux sciences spéculatives ou pratiques.
Il y a déjà quelques années il
était de bon ton de parler de sciences molles
et de sciences dures.
+ La science est
l'étude de la réalité
à la lumière des causes
immédiates. Cette
définition est métaphysique dans le sens
où elle utilise un vocabulaire
métaphysique : les mots de la philosophie ont
des sens précis (selon les écoles...) qui ne
sont pas forcément le sens courant
(voir une page sur
la
science et
métaphysique). Des idées
claires Une autre approche
sympathique: D'une part,
l'objet de la science
est la réalité*, *
Pour la notion de
réalité **
Pour la notion de
cause, ***Gérard
Nissim Amzallag Le
déterminisme
est l'affirmation que
les
mêmes causes produisent les mêmes effets en tous
lieux et en tout temps.
Une théorie est dite déterministe (c'est une
loi) si elle permet de prévoir
l'évolution d'un système à partir des
conditions initiales. Des confusions...on ne croit plus
à la vérité Par ignorance, par usage
abusif du terme (et surtout de celui de science
expérimentale)... on ne sait plus ce que veut
dire la science. On en est donc réduit à
prouver que ce que l'on fait est bien scientifique.
Au lieu de chercher la vérité on cherche des
critères de scientificité. Quand
bien peu de gens adhèrent à la notion de
vérité (le relativisme est une opinion
très répandue qui conduit à une forte
agressivité face à ceux qui la rejettent), il
est assez difficile de trouver des critères
acceptés par tous. Des changements... l'abandon du
déterminisme Nissim Amzallag, dans son
analyse de l'évolution de la pensée
scientifique depuis l'arbre de la connaissance de Descartes
(LRM***
p12-23), fait jouer un
rôle pivot aux sciences physiques classiques
appuyées sur un postulat de
déterminisme. Lors de l'abandon (partiel) du
déterminisme (au-delà de la
non-prédictibilité de certains
phénomènes, on
ne croit plus en des lois physiques
immuables) dans la
deuxième moitié du XXème siècle,
maints physiciens se sont tournés vers des
philosophies relativistes ou faisant la part belle à
la technique qui devient un critère même de
scientificité.
*
le
scientisme
désigne une position philosophique où une
connaissance n'est vraie que si elle est scientifique
(c'est-à-dire finalement expérimentale et donc
sensible) ** le
positivisme
est la doctrine philosophique scientiste issue d'Auguste
Comte; pour comprendre son influence sur l'enseignement au
cours du XXème on peut lire : "De l'enseignement des
sciences à l'école primaire; l'influence du
positivisme", Pierre Kahn, 1999, Hatier formation:
extraits
sur le site associé *** voir par
exemple le petit livre d'un ancien Inspecteur
général de l'Instruction Publique : Georges
Canguilhem, La
connaissance de la vie,
Hachette, collection Science et Pensée, 1952 : dans
une conférence
sur l'expérimentation en biologie
animale il montre
par exemple combien il est hâtif d'attribuer à
Claude Bernard l'élaboration de la méthode
expérimentale Relations
science et foi catholique: rationalisme, positivisme et
maintenant subjectivisme
(« ... on considère communément que
la religion appartient au domaine du
«privé», subjectif, alors que la science a
une validité objective universelle et
"publique"».) Des positions scientistes et positivistes...
dépassées Le
scientisme*
et le positivisme**
n'ont plus l'importance passée dans les milieux
philosophiques et épistémologiques. Mais
certains enseignants et formateurs issus du
"pédagogisme" continuent de ce faire l'écho de
ces doctrines (voir sur
le site
associé 4
années de lutte contre cette vision étroite de
la pédagogie - par
exemple). On voit ainsi certains
pédagogues se réclamer d'un
matérialisme qui serait la seule position
rationnelle possible pour un scientifique. Vouloir
exclure du domaine scientifique tout autre position
philosophique que ce néo-scientisme me semble
être illusoire. On
peut citer par exemple Guillaume Lecointre dans un point de
vue publié dans Pour la Science (Des
scientifiques s'égarent..., Pour La
Science, 259, mai 1999, 8-9) ; cet auteur se
réfère à un matérialisme
méthodologique qui d'après lui fonde
les sciences depuis le XVIIIème siècle (il
l'oppose au matérialisme dialectique
marxiste). D'une part, je crois que l'on peut dire que
la science expérimentale n'a pas été
fondée au XVIIIème mais bien avant, par
Aristote à mon avis mais cela se discute sans doute,
d'aucuns préférant la situer au temps de
Galilée***. D'autre part, s'il n'y a pas de science
sans raison, il n'y a pas de matérialisme sans
philosophie. Le matérialisme méthodologique de
Guillaume Lecointre est philosophique et non pas
scientifique Il est probablement positiviste, pour ce que
j'en comprend en lisant les quelques lignes de l'article
cité (il me paraît aussi être
nominaliste, pour ce qui est de la logique,
notamment dans sa conception de la cladistique...
que l'on trouve résumée dans le lamentable
préambule à son inutile Classification
phylogénétique du vivant (les pages 11-18
sont un monument d'ignorance; lisez plutôt un
article d'encyclopédie sur les classifications
("Systématique" in EU par exemple), vous en
apprendrez bien davantage); pour une
approche érudite de l'histoire des classifications
jusqu'au début du XXème, je conseille un texte
d'André
Pichot: Définir, décrire et classer en
biologie, Delagrave 2005). La
méthode hypothético- déductive Elle se déroule
CLASSIQUEMENT en 4 temps: On tend actuellement
à préférer le terme de modèle,
mais je crois que ce concept recouvre bien la notion de
théorie même si les lois ne sont plus
acceptées comme une vérité.
Il y soutient que
"méthode expérimentale" est un oxymore;
la seule activité présente dans les
laboratoires est une pratique expérimentale,
incapable de valider les modèles, juste de les
susciter. La preuve par l'expérience d'une loi
continue - une fonction f(x) par exemple - est
évidemment impossible à faire par le biais
d'expériences discrètes (x est une variable
continue). D'une façon plus générale
un espace fonctionnel de dimension infinie est par
définition inexplorable. Le second
problème soulevé par René Thom et qu'il
doit à Jean-Pierre Duport, spécialiste de
l'hémophilie, est celui de la causalité
diffuse; désignant par là une
succession déraisonnable de causes efficientes
secondes très insuffisantes par elles-mêmes.
Ce
travers à patent dans les réseaux
génomiques.
« Pour
réaliser une expérience, on effectue les
démarches suivantes : --->
suite in
René
Thom, La
méthode expérimentale : un mythe des
épistémologues (et des savants) ?
1984, p 3-5, 8 et 10 [...] Ce fait
expérimental est-il scientifique ? [...]
La
nécessité de
l'expérience n'est pas vraiment
contestée... La majorité s'accorde
pour donner à l'expérience un statut
privilégié mais elle n'est plus le
critère unique de scientificité puisque
certains rejettent la possibilité d'en tirer des
lois, au nom de l'indéterminisme
présenté plus haut. La Raison malmenée. De
l'origine des idées reçues en biologie
moderne, Gérard Nissim Amzallag, Préface
d'André Pichot, CNRS Editions 2002, p
166-167 La loi de
gravitation universelle, une fraude ? Dans son Philosophiæ Naturalis
Principia Mathematica, Newton énonce en
1687 la loi de gravitation mais les données
expérimentales numériques qu'il fournit
à l'appui de sa loi sont relativement
éloignées des prédictions. Dans la
seconde édition de son ouvrage en 1713, on note une
nette réduction de l'écart entre la valeur
prédite et la valeur observée, ce qui renforce
considérablement la valeur prédictive de sa
théorie. « Selon R. Westfall
(Newton and the fudge facteur,
Science, 1973, 179, 751-758),
c'est bien cette adéquation entre les valeurs
prédites et observées qui força les
sceptiques à concéder le statut de loi
à la théorie de
Newton.[...]..Selon Westfall, la
précision apportée par Newton dans ses mesures
était absolument impossible à obtenir à
cette époque. Force est donc de conclure que Newton a
"déformé" ses données numériques
de façon à les faire converger vers ses
prédictions».
(Amzallag, p
166-167). Ce qui importe plus que la
fraude, ce sont les conséquences : «...une
fois la loi entérinée, tout écart du
réel vis-à-vis de la prédiction fut
considéré comme une perturbation
circonstancielle, un bruit interférant avec l'action
du facteur principal». Ceci n'est pas un cas
isolé. Galilée est connu pour avoir
rapporté des expériences
mensongères (qu'il n'a visiblement jamais
réalisé parce que les observations
réelles sont différentes de celles qu'il
rapporte). Pascal aussi, dans une expérience
connue sur le vide (reprenant en 1647 celle
de Torricelli de 1643, réalisée avec du
mercure), rapporte l'observation
d'un "vide" qui se crée à
l'extrémité non scellée d'un long tube
rempli d'eau et renversé sur une cuve pleine. Le
"vide" observé, semble d'un part très
difficile à obtenir et d'autre part est en fait un
mélange d'air et d'eau, qui apparaît à
l'interface, alors que l'on observe une
ébullition. Un bon moyen pour ne pas se laisser
enfermer dans la loi est donc de ne pas y entrer. Mais les
choses ne sont pas si simples car l'on a besoin de la
prédictibilité pour agir sur l'objet.
«La loi n'est ni vraie ni fausse mais existe au nom
de la cohérence mathématique de sa
formulation.» (Amzallag, p 179) «...il est
possible d'étudier des phénomènes de
plus en plus discrets. Mais ce progrès a un prix :
plus le phénomène étudié est
quantitativement réduit, et plus le niveau de bruit
autour du phénomène (l'artéfact
expérimental) est élevé. C'est en vertu
de ces contraintes que la présentation d'un
résultat positif, même
précédé d'un grand nombre d'essais
négatifs, est considérée comme
suffisant pour confirmer le bien-fonfé d'une
théorie.» (p 181-182)
Par
quoi remplacer Les lois sont remplacées par
des modèles. Mais quelle est la
validité d'un modèle si aucun être
vivant n'est réductible à la partie d'un tout
? Que
signifie une expérience
? Les expériences ne
fondent plus les théories mais elles restent
incontournables comme moyen d'observation, de
questionnement
du modèle (le modèle questionne la
réalité et l'expérience questionne le
modèle). « Du
coup, la biologie moléculaire, expliquant les
machineries chimiques de la vie, mais non la vie
elle-même, a cru que la vie était une notion
mythologique, de toute façon indigne de la science,
et a expulsé la vie hors de la biologie» Affirmer la
différence ontologique entre les êtres
vivants et les autres objets de la nature était
devenu difficile après l'hégémonie de
la physique, puis de la chimie, et récemment de la
technologie, sur les sciences du vivant. ****Gérard
Nissim Amzallag, 2003,
«La
connaissance de la vie doit s'accomplir par conversions
imprévisibles, s'efforçant de saisir un
devenir dont le sens ne se révèle jamais si
nettement à notre entendement que lorsqu'il le
déconcerte»
(Georges Canguilhem,
La connaissance de la vie, Hachette, collection
Science et Pensée, 1952, p45) Pour réaliser ce
changement de paradigme qui est un re-fondement de la
biologie, les outils sont l'observation, la raison,
l'expérimentation, les mathématiques... rien
de nouveau. Si
vite que je pense que pour la première fois dans
l'histoire le changement
Pour
être le témoin de ces changements, je n'ai pas
vraiment de poste privilégié; Quelques précisions sur la méthode
: + La biologie du développement est
un bon exemple pour cerner les approches scientifiques :
d'après 1. la recherche
d'ordre
(relations entre des parties d'un organisme (anatomie) ou
entre les éléments d'un ensemble) * l'embryologie descriptive et
comparative regroupe deux approches anatomiques: 2. la recherche
de
causes
(secondes) * l'embryologie expérimentale
se fonde davantage sur la physiologie: on a longtemps
parlé d'Entwicklungsmechanik (mécanique
du développement) puis d'embryologie causale
ou encore d'embryologie physiologique.
* le terme d'enquête
qui semble être utilisé à la place de
"méthode de recherche" ne me
paraît pas plus juste, bien au contraire. Il s'agit
clairement de la recherche de la vérité. Dans
l'enquête policière la vérité est
historique et l'on peut considérer qu'elle est unique
et indiscutable (même si elle n'est pas toujours
atteinte). Dans l'enquête scientifique la
vérité a de multiples visages. Je suis un
réaliste inconditionnel mais je ne crois pas à
la toute puissance de la science expérimentale: le
réel dépasse l'expérimental.
Dans des conditions expérimentales
aussi contrôlées et reproductibles que possible
on réalise (au moins) deux expériences en ne
changeant qu'un seul paramètre (l'expérience
où le paramètre prend la valeur la plus
habituelle est dite témoin ou
contrôle). Seule une
différence entre les deux résultats peut
être interprétée (si aucun
paramètre observable n'est modifié, à
part le paramètre modifié
expérimentalement (paramètre de
contrôle), le système est statique et le
paramètre inopérant).
En embryologie c'est soit un groupe de cellules, soit une
cellule, soit une molécule que l'on ajoute, que l'on
supprime, ou que l'on déplace, chez un organisme en
développement. En
génétique, le problème est plus
complexe car on sélectionne la plupart du temps des
individus (ou des cellules) modifié(e)s survivant(e)s
dont on étudie ensuite les caractéristiques
génétiques. Trois conséquences, nommées
indices par S. Gilbert - et que personnellement je
nomme preuves** -, sont interprétables : ** le terme de
preuve
pourrait être défini
(selon F. Gil in EU article "preuve
(épistémologie)") comme
«établie par une méthode reconnue
et faisant l'objet d'une croyance». Il y
a donc plusieurs niveaux de preuve selon la méthode
et la croyance d'une personne donnée.
Les croyances scientifiques sont bien
diverses selon les niveaux de culture... penser qu'elles
sont unifiées dans une vérité
(idéale) relève de l'opinion.
Comme archive, je
laisse ici un lien avec un
ancienne
page sur la méthode
expérimentale.
1 -
définitions
La
métaphysique distingue selon la fin
:
* les
sciences pratiques qui recherchent la
vérité (scientifique) pour
l'appliquer à une opération
immédiate. Elles sont très valorisées
actuellement.
* les
sciences théoriques ou spéculatives ont
pour finalité la vérité pour
elle-même (ou pour soi-même... par amour de la
vérité); elles comprennent par exemple les
mathématiques, la physique, les sciences naturelles,
la philosophie... qui étudient toutes les
réalités mais selon différents angles.
C'est bien sûr de ces sciences dont nous devons parler
ici.
La métaphysique classe aussi les sciences selon leur
objet:
* les
sciences de la nature ont pour objet tout être
matériel, corporel, en tant que corps.
*les mathématiques, font abstraction de la
matière et étudient les objets
matériels dans leur quantité d'être (je
fais référence ici à la notion
essentielle d'être en métaphysique).
* la métaphysique, enfin, étudie les
réalités qui ne dépendent pas de la
matière: son objet est "l'étant en tant
qu'étant" (là encore cette notion
métaphysique n'est certainement pas évidente
et, plutôt que d'essayer vainement de la
définir, je vous invite par exemple à lire
l'article de l'Encyclopedia Universalis à Aristote ou
à Métaphysique).
L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert,
publiée en 1751, place les sciences de la vie
(« l'histoire naturelle ») dans le
domaine des connaissances rattachées principalement
à la mémoire, première des trois
facultés (avec la raison et
l'imagination). D'Alembert précise dans le
Discours préliminaire de l'Encyclopédie :
« La division générale de nos
connaissances suivant nos trois facultés a cet
avantage qu'elle pourra fournir aussi les trois divisions du
monde littéraire en érudits, philosophes et
beaux-esprits... » (d'après Paul Mazliak,
La biologie au siècle des lumières, Comment
"l'histoire naturelle" est devenue biologie, mars 2006,
Coédition Adapt/Vuibert)
et d'autre part, sa
méthode consiste à rechercher les
causes**
immédiates
, et non les causes profondes ou principes
premiers.
se reporter à l'article de Jean Largeault:
réalisme, Encyclopedia
Universalis
Si
l'immense majorité des épistémologues
sont idéalistes, je suis profondément
réaliste (je crois à une
matière naturelle, indépendante de nos
perceptions). Je comprends la phrase "toute
science est une phénoménologie" comme un
accord entre vie et vérité.
voir les
4 causes d'Aristote en SVT
La Raison malmenée :
de l'origine des idées reçues en biologie
moderne,
2002, CNRS Éditions
(cité LRM
ci-contre)
Science et Foi : du conflit au dialogue
petit
texte de J. Grifone, mathématicien
catholique
... une antiquité ?
On distingue alors
les modèles internes (qualifiés de
"réels" car ils s'efforcent de décrire le
comportement des systèmes réels
c'est-à-dire naturels pour ce qui nous
intéresse) et les modèles externes
(qui s'efforcent de décrire le "comportement" des
observations, c'est-à-dire de notre connaissance,
ce sont des modèles logiques) (voir par
exemple l'article de Jacques OKSMAN : Mesures et
information, Pour la Science, 258, avril 1999,
90-95).
Il va sans dire que
nombre de physiciens et tout autant de biologistes ne sont
pas prêts à abandonner cette confiance dans des
lois de la nature que le travail du scientifique est de
dévoiler.
Certains ont peut-être entendu parler des remous
provoqués par le texte de
René
Thom présenté
à l'Académie des sciences : La
méthode expérimentale : un mythe des
épistémologues (et des savants) ?
1984, 12;
Exposé de philosophie des sciences à
l'Académie des sciences, 19 novembre 1984. In
Comptes Rendus de l'Académie des Sciences,
série générale, « La vie des
sciences », II, 1, Paris, Gauthier-Villars,
Janv-Fév. 1985, pp. 59-68. Ce texte est publié
dans le CDRom des uvres complètes de Thom avec
une partie du débat qui a suivi. Il est aussi
publié in La philosophie des sciences
aujourd'hui, J.Hamburger éd., Paris,
Gauthier-Villars, 1986, pp. 7-20.
1) On isole un domaine D de l'espace-temps, le «
laboratoire ». Les parois de D peuvent être
réelles ou fictives.
2) On remplit ce domaine d'ingrédients divers -
substances chimiques, êtres vivants, etc. qui
constituent le système étudié (S),
selon un protocole de préparation (écrit en
langue usuelle technicisée).
3) On perturbe le système (S) en lui envoyant,
à partir de sources dûment
contrôlées, des flux bien définis de
matière ou d'énergie (flux décrits en
nature, en débit, en vitesse et en position par le
protocole d'expérience).
4) On répertorie les réponses du
système grâce à des appareils dont la
nature et la position par rapport à (D) sont
spécifiées dans le protocole
d'expérience.
Ce schéma, en fait, rend compte également des
notions voisines : observation, exploration,
expérimentation.
Dans l'observation (simple), on ne prépare pas le
système, on l'isole (de manière voulue ou
spontanée) dans l'ensemble des faits naturels ; les
parties 1, 2, 3 n'existent pas, seul subsiste 4,
réduit en général à la simple
vision.
Dans l'exploration, on a 1, 2 et 4,mais on joue des
paramètres contrôlant les appareils
d'enregistrement, de manière à couvrir tout le
champ expérimental défini dans 1.
L'expérimentation fait appel aux quatre étapes
ci-dessus, 1, 2, 3, 4.
1) Le fait doit être reproductible. Cela exige
que les protocoles de préparation et
d'expérience soient suffisamment précis et
détaillés pour qu'on puisse - en d'autres
temps et en d'autres lieux - reproduire l'expérience.
Le critère de reproductibilité du fait exige -
dans une interprétation dynamique - une
hypothèse de « stabilité structurelle
» (alias « généricité »)
des dynamiques sous-jacentes.
2) Le fait doit présenter quelque
intérêt. On touche ici à un
problème immense. Disons seulement que
l'intérêt peut être soit pratique
(technologique), soit théorique.
[...] Qu'il s'agisse de créer ou d'interdire
un phénomène, dans les deux cas, on est
confronté à une analyse causale de ses
conditions de production. Le fondateur historique de la
méthode expérimentale, Francis Bacon, a cru
pouvoir affirmer que l'emploi de l'expérimentation
permettait à elle seule d'analyser causalement tout
phénomène. C'est cette illusion que je
voudrais tout particulièrement dissiper.
L'expérimentation, à elle seule, est incapable
de découvrir la (ou les) cause(s) d'un
phénomène. Dans tous les cas, il faut
prolonger le réel par l'imaginaire, et
éprouver ensuite cet halo d'imaginaire qui
complète le réel. Ce saut dans l'imaginaire
est fondamentalement une opération mentale, un
Gedankenexperiment, et aucun appareil ne peut y
suppléer. Claude Bernard, fort lucidement, avait bien
vu cet aspect, et dans son schéma - Observation -
Idée - Expérimentation - le processus
psychologique créant l'idée est laissé
dans une totale obscurité, mais il insiste sur sa
nécessité, au contraire de Bacon qui
prétendait que l'expérience
répétée pouvait fournir - par induction
- l'idée de la loi. Autrement dit,
l'expérimentation, pour être scientifiquement
significative, ne dispense pas de penser . [...] Il
est hors de doute que la seule méthode concevable en
matière expérimentale (qu'elle soit à
but théorique ou pratique) doit nécessairement
passer par l'analyse causale des phénomènes
étudiés. Or en science, on ne dispose que de
deux types d'analyse causale. L'une, fondée sur
l'analyse en langue naturelle, est essentiellement
aristotélicienne d'esprit : il s'agit d'expliquer le
phénomène par une cause efficiente, en
général une entité ad hoc, un «
agent responsable » ; l'autre, mathématique et
physicaliste, est fondée sur la réduction
à un système différentiel dont la
solution est déterminée par les conditions
initiales. On peut compliquer le premier schéma par
des cascades de causalité interagissantes : c'est le
principe des schémas cybernétiques. On peut
simplifier le second par des considérations de type
dynamique lente, dynamique rapide, méthodes
asymptotiques, qui réintroduisent des
éléments discrets, mais la jonction entre les
deux sortes d'analyse demeure en général
impossible.
[...]
Concluons :
l'expérience est guidée soit par un besoin
technologique immédiat (par exemple, tester les
propriétés de tel ou tel matériau sous
telle ou telle condition), soit par une hypothèse,
fruit d'une expérience mentale
(Gedankenexperiment), qui la précède et
dont on veut éprouver l'adéquation au
réel. C'est dire que
toute
expérience est réponse à une
question, et si
la question est stupide, il y a peu de chances que la
réponse le soit moins.
»
À cette vision désabusée je crois qu'il
faut opposer une conviction ferme sur la
réalité de l'expérience
et du lien entre le phénomène et la
cause. Peut-être est-ce par une
redécouverte de la richesse de la
causalité que l'on pourra accepter ce
mélange d'indéterminisme et de
déterminisme en science (voir les 4
cause d'Aristote en SVT).
La démarche expérimentale est utilisée
pour connaître le passé étant
donné que l'on suppose la réversibilité
des lois. J'avais dès 1998 été surpris
par le fait que l'on oubliait de dire que les sciences du
passé (géologie, paléontologie)
n'étaient pas des sciences
expérimentales car on ne peut pas
expérimenter dans le passé. On ne peut
qu'extrapoler des lois (postulat d'actualisme:
: les lois actuelles étaient
valables par le passé
(voir introduction
du cours
Terminale
Spécialité
). En fait, ce qui me
chiffonnait était donc plutôt la
réversibilité de ces lois que la
présence supposée de ces lois. Mais maintenant
comment faire des expériences sans chercher à
découvrir des lois ?

Isaac Newton
(image)
Ainsi, ce qui est lourd de conséquences, est le
comportement des expérimentateurs qui, en se fiant
à la loi acceptée, corrigent leurs
résultats pour les faire cadrer avec les
prédictions.
« Si Mendel n'est pas critiqué pour ses
méthodes, c'est parcequ'elles constituent aujourd'hui
encore une norme»
(Amzallag,
p181). (voir
cours de TS de
spécialité :
Mendel, en choississant ses caractères, et en
définissant des classes arbitraires
d'équivalence, était un précurseur de
la méthode expérimentale telle qu'on la
pratique).
les lois du vivant .. si elles
n'existent pas?
La démarche de René
Thom fondée
sur l'analogie
est un réponse très pertinente à cette
question. Toute analogie est vraie.
Le travail de Thom a un but : construire un
générateur de modèles pour les
biologistes (et les économistes... et tous ceux qui
cherchent à comprendre des phénomènes).
Mais bien peu de biologistes avaient alors compris ce
message. Les choses changent. Nissim
Amzallag développe ces questions avec sa
manière de voir dans LRM***
ch 13.
Edgar Morin
(Science avec conscience, Seuil 1990, p 251,
cité in LRM*** p 18):
Mais il n'a jamais manqué de chercheurs qui, avec des
sensibilités très différentes et
refusant le réductionnisme, s'efforcent de forger des
concepts pour soutenir ce renouveau . Je me suis
efforcé d'intégrer quelques-uns de leurs
travaux à mes cours: Pierre-Paul Grassé,
Rosine Chandebois, René Thom, Anne
Dambricourt-Malassé, Pascale Mentré, Nissim
Amzallag****...
Cette pauvre liste
montre combien ce travail de formation personnelle
permanente de tout enseignant est difficile; bien
évidemment d'innombrables chercheurs et travaux m'ont
échappé (dire que presque tous m'ont
échappé serait plus exact mais les choses
changent : internet est pour cela un outil
extraordinaire).
La biologie
théorique
sera certainement d'un grand soutien dans cette
approche.
L'homme végétal
Pour une autonomie du vivant,
Albin Michel
(cité
HVPAV)
La fusion des Sciences
de la Vie et des Sciences de la Terre en SVT dans
l'enseignement a-t-elle été profitable ? Je
n'en suis pas sûr.
Si l'on accepte de dire que la terre ne peut se concevoir
sans vie et donc que toute géologie doit être
une biogéologie, il n'y a pas de
problème. En effet la géologie est une
morphologie, une géophysique et une géochimie;
elle est fille directe des sciences physiques et donc de
leur déterminisme et surtout de la
réversibilité des lois. La géologie
historique se contente très bien d'un postulat
d'actualisme.
La biologie, avec son indéterminisme et surtout
l'irréversibilité de ses
phénomènes, fait mauvais ménage avec la
géologie. Toute l'évolution est
profondément rebelle à un déterminisme
mais ce n'est pas une raison pour rejeter la
causalité et invoquer un hasard mystificateur.
La reconstitution des événements biologiques
passés (la paléontologie au sens le plus
large) échappe à l'expérience.
L'article de Pierre
LAZLO paru en 1997 dans La
Recherche est
toujours d'actualité même si les questions
philosophiques se posent maintenant de façon plus
claire: Origine de la vie: 100.000 milliards de
scénarios, Pierre LAZLO, 296, mars 1997,
26-28.
Mais ce qui change c'est le statut de l'expérience et
l'importance donnée au modèle (voir
ci-dessus). Mais les choses changent vite...
de paradigme est vécu non pas par une élite
intellectuelle (nationale ?)
mais par une communauté mondiale d'horizons
très divers et peu structurée...
On ne
résume pas en quelques lignes des années de
réflexions et de recherche, il faut donc lire (et
relire) Nissim Amzallag (puis se mettre au
travail). Sa
démarche est profondément originale : elle
repose sur la considération de la réelle
individualité du vivant
(LRM***
). Ce concept laisse la place dans son second ouvrage
à la dissociation autonome
(HVPAV****)
qui désigne l'émergence d' «un
tout cohérent à partir d'une population de
molécules, d'organites, de cellules, d'organes ou
même d'individus.» Cet auteur veut rendre
à l'être vivant son autonomie, que l'on puisse
s'émerveiller devant sa capacité
d'adaptation qui est une propriété de
l'individu, du vivant et non le résultat d'une
quelconque chaîne d'interactions qui aboutirait au
comportement stéréotypé d'un
organisme-machine.
je reste donc simplement attentif et disponible en faisant
appel à tous mes lecteurs
(pierre point stouff at libertysurf point fr)...
Biologie du développement,
S.Gilbert, De Boeck, 2004
- approche anatomique comparative: c'est avant tout
l'observation
(à l'il nu ou au
microscope, avec ou sans
marquage des cellules
(d'abord par des colorants puis par
des éléments radioactifs ou immunologiques...)
qui permet de suggérer des hypothèses qui se
fondent sur des analogies: par exemple la
théorie de Von Baer sur l'existence de trois
feuillets embryonnaires
(ecto-,méso- et endoderme,
découverts chez l'embryon de poulet par
Pander) communs aux embryons de
vertébrés.
Le domaine médical n'est pas oublié. Il
concerne notamment l'étude des agents
tératogènes (qui provoquent des malformations
au cours du développement) et se développe
avec des comparaisons chez l'animal (on parle de
modèle animal). Dans le cadre des analogies, on peut
citer les modèles mathématiques du
développement qui progressent. Le plus connu est le
modèle de Turing de réaction-diffusion qui,
dans une vision chimique des interactions entre populations
cellulaires, présente par exemple une simulation de
la pigmentation de certains organismes (poisson
zèbre, gastéropode Oliva
porphyria...).
- approche anatomique évolutive (traduit en
évolutionnaire): les comparaisons faites
à partir des
observations
sont cette fois interprétées à l'aide
d'analogies mais aussi d'homologies dans le sens
où l'on considère une origine commune pour
deux structures similaires dites homologues. Cette origine
commune a d'abord été présentée
comme une origine strictement embryonnaire, sans
référence à l'évolution (lois de
Von Baer, 1828; que l'on trouve bien
exposées dans le livre de Gilbert cité
ci-dessus, pp 8-9). Puis à
partir du moment où l'on a considéré
que « La communauté de conformation
embryonnaire révèle donc une communauté
d'origine» selon les mots de Darwin (On the
Origin of Species, 1859, dans la
conclusion de la traduction française disponible
gratuitement sur internet
http://abu.cnam.fr/cgi-bin/donner_html?espece1; on notera
aussi sa remarque sur les structures
homogènes, terme pris dans le même sens
qu'ici), l'homologie est devenue
synonyme de parenté évolutive, idée qui
est reprise de façon rigoureuse dans la terminologie
cladiste (voir page sur le cladisme)
par le terme d'homologie de filiation ou homologie
secondaire (deux caractères
sont homologues s'ils sont portés par deux individus
ayant une ancêtre commun
exclusif). On
notera que les homologies sont de l'ordre de l'organisation
(anatomie) et non de la fonction (on ne compare pas deux
ailes dans le cas des membres antérieurs de
chauve-souris et d'oiseau; l'adaptation au vol est une autre
question).
* l'approche génétique est
expérimentale mais elle se focalise sur les
explications de type génétique (que l'on
pourrait résumer ainsi: "le phénotype
résultant du génotype sous le contrôle
environnemental").
Remarque:
l'approche génétique n'est pas du tout une
approche chimique. C'est faire preuve d'aveuglement que de
penser que sélectionner un type cellulaire
modifié génétiquement n'est qu'une
manipulation de la séquence de l'ADN; il est plus que
probable qu'une cellule
mutante
sélectionnée diffère de la cellule
originelle par bien autre chose qu'une seule séquence
d'ADN .
+ L'approche expérimentale comparée à
une "enquête*
scientifique" selon S. Gilbert
- la corrélation: c'est la preuve la
plus faible. Deux événements successifs
dans le temps par exemple peuvent être reliés
par une relation de causalité (efficiente). Deux
événements simultanés peuvent
avoir une cause (efficiente) commune.
- indice par perte de fonction : cette preuve
est plus forte que la corrélation mais sa
reproductibilité doit être testée avec
soin et il est difficile de savoir si la fonction perdue est
bien la seule touchée.
- indice par gain de fonction ; cette preuve
est considérée comme la plus
fiable.
Récréation:
Savourez la science comme
découverte
avec une séance
de la Société française de
philosophie qui accueille
Étienne Wolff le 26 fév. 1966 autour du
thème : "Le climat de la découverte en
biologie". Intervenants: Mme Weill-Brunschvicg, MM.
Canguilhem, Dreyfus-Lefoyer, Dr. Guibert, Guillet,
Hyppolite, Dr Minkowski, Schuhl et Wahl. Télécharger
directement le texte
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